‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 364 sur 637 · B OCTAVIO ET MAX PICCOLOMINI · texte numérisé non relu

B OCTAVIO ET MAX PICCOLOMINI

OCTAVIO

Eh bien ! mon fils, maintenant nous allons être bientôt éclaircis; car tout, je le savais, se conduisait par Sesina.

MAX, qui pendant toute la scène précédente a

semblé agité par un combat intérieur, d'un

ton décidé.

Je veux connaître la vérité par la voie la plus prompte. Adieu.

OCTAVIO

Où vas-tu ? Arrête.

HAX.

Près du prince.

OCTAVIO, effrayé.

Quoi !

MAX, revenant.

Si vous avez cru que j'étais disposé à jouer un rôle dans vos intrigues, vous vous êtes mépris sur moi ; ma route ne doit pas être tortueuse, je ne puis être véridiquc dans les paroles et dissimulé au fond du cœur. Je ne puis voir un homme se confier à moi comme à son ami, et cependant endormir ma conscience en me disant qu'il agit à ses

.isqucs et périls, et que ma bouche ne le trompe point. Tel il me présume, tel je dois être. Je vais trouver le duc : dès aujourd'hui; je vais lui demander de justifier sa gloire obscurcie aux yeux du monde, et de rompre, par une démarche franche, vos trames artificieuses.

OCTAVIO

Quoi! tu veux.

N'en doutez pas, je le veux ainsi.

OCTAVIO

Oui, je me suis mépris sur toi, je t'ai pris pour un fils prudent qui bénirait la main bienfaisante qui le retire de l'abîme; et je ne vois qu'un insensé, que le pouvoir de deux beaux yeux éblouit, que la passion aveugle, que la lumière du jour ne saurait éclairer. Eh bien! va, interroge-le; sois assez imprudent pour lui livrer le secret de ton père et de ton empereur. Contrains-moi d'en venir, avant le temps, à quelque éclat public. Et maintenant, après que par un miracle du ciel mon secret a été jusqu'ici conservé, que les regards clairvoyans du soupçon ont été endormis, donnemoi la douleur de voir mon propre fils anéantir dans sa rage insensée l'œuvre pénible de la politique.

HAX.

Oh! cette politique, combien je la maudis! C'est avec votre politique que vous le pousserez à quelque démarche irréparable. Oui, puisque vous voulez qu'il soit coupable, vous pouvez le rendre coupable. Oh! tout ceci aura une fin déplorable. Et, de quelque façon que le sort en décide, je vois avec pressentiment s'approcher un dénoûment funeste. Car si cette âme royale vient à tomber, elle entraînera tout un monde dans sa ruine: tel qu'un vaisseau au milieu de la pleine mer, s'cmbrasant tout-à-coup, éclatant de toutes parts, est lancé entre le ciel et la mer, et disperse au loin l'équipage qui le montait, tel il entraînera dans sa chute nous tous qui étions attachés à sa fortune.

Temporisez, cependant, comme vous eu avez la volonté; pardonnez-moi si je me conduis sui vaut ma pensée. Il ne sera question de rien entre lui et moi; et avant le déclin du jour je saurai si c'est d'un ami ou d'un père que je dois être privé.

Pendant qu'il sort, la loilc tombe.

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