OCTAVIO PICCOLOMINI, BUTTLER
BUTTLER
(e me rends à vos ordres, général.
OCTAVIO
5oyez le bienvenu comme digne camarade et nme ami.
'^ous m'honorez beaucoup.
TATio , après qu'ils se sont assis tous deux. 'eus n'avez pas rendu justice à l'empressement ; je vous montrai hier; vous l'avez méconnu
^regardé comme une raine formalité; mes souts pour vous partaient du cœur, car voici le ment où les braves gens doivent se lier le plus
êi)itement.
i BUTTLER.
'our cela il faut avoir la même opinion.
OCTATIO.
t tous les braves gens n'ont-ils pas la même Piion? Je ne juge les hommes que par les acliisjpù ils sont librement entraînés par leur calére; car les meilleurs sont quelquefois jetés
5 du droit chemin par la violence et une més-
Uigence aveugle. Vous avez passé par Frauen- ; le comte Galas ne vous a-t-il rien confié?
s-le moi, il est mon ami.
BUTTLER
ne m'a dit que des paroles perdues.
OCTAVIO
y. vois ceci avec peine; ses conseils étaient fls, et j'en aurais de semblables à vous donner.
BUTTLER
()argnez-vous cette peine, et à moi l'embarras 4 ne montrer si dilférent de la bonne opinion vous avez de moi.
OCTATIO.
îs momens sont précieux, parlons à cœur ou-
; vous savez où en sont les choses. Le duc
fiteune trahison, et je pviis vous dire encore
r^^y elle est accomplie : depuis peu d'heures
i.mce est conclue avec les ennemis; déjà
iirriers sont en route pour Kgra et pour
^*uc; demain on veut nous conduire aux cn-
nemis. Cependant il se trompe; la prudence veille l'empereur conserve ici de fidèles amis , et une ligue puissante et invincible lui est dévouée. Cet ordre de l'empereur proscrit le duc, délie l'armée de tout devoir d'obéissance envers lui, et ordonne à tous les hommes bien intentionnés de se ranger sous mon commandement; maintenant choisissez : voulez-vous défendre la bonne cause avec nous, ou partager avec lui le mauvais sort des coupables?
BUTTLER se lève.
Son sort sera le mien.
OCTAVIO
Est-ce là votre dernière résolution t
BUTTLER
Oui.
Songez à vous,.colonel Buttler, il en est encore temps; vos paroles indiscrètement prononcées demeureront ensevelies fidèlement dans mon sein. Revenez en arrière; prenez un meilleur parti: celui que vous avez choisi n'est pas bon.
BUTTLER
Général , n'avez-vous rien de plus à ra'ordonner?
OCTAVIO
Songez à vos cheveux blancs; revenez en arrière.
BUTTLER
Adieu.
OCTAVIO
Eh quoi ! vouiez-vous donc pour une telle guerre tirer votre bonne et brave épéc? Voulezvous donc changer en malédictions la reconnaissance que l'Autriche avait envers vous pour une fidélité gardée pendant quarante ans?
BUTTLER, souriant avec amertume.
La reconnaissance de la maison d'Autriche? Il veut sortir.
OCTATIO le laisse aller jusqu'à la porte, puis le rappelle.
Buttler !
BUTTLER
Qu'y a-t-il encore?
OCTAVIO
Où en êtes-vous pour le comté?
Le comté! Quoi?
OCTAVIO
Oui, le titre de comte ; c'est ce que je veux dire.
BUTTLER , avec empressement.
Mort et damnation!
OCTAVIO, froidement.
Vous le sollicitez, on vous l'a refusé.
BUTTLElt.
Vous ne me raillerez pas impunément : l'épée à la main...
OCTAVIO
Remettez votre épée; racontez-moi tranquillement comment la chose s'est passée; après je ne vous refuserai pas satisfaction.
THÉÂTRE DE SCHILLER
BUTTLER
Eh bien! soit; que tout le inonde sache une faiblesse que je ne pourrai jamais me pardonner à moi-même. Oui, général, je suis avide des honneurs, et je ne puis supporter l'abaissement. Cela me fait souffrir de voir qu'à l'armée la naissance et les titres sont plus que les services; je ne veux pas être moins que mon égal. Dans un malheureux moment, je me suis laissé aller à jaire celte démarche ; c'était une folie, mais je ne méritais pas d'en être si durement puni. On pouvait refuser; pourquoi rendre le refus plus blessant par un mépris outrageant? pourquoi fouler aux pieds, avec un cruel dédain, un vieillard, un fidèle et loyal serviteur? pourquoi lui rappeler si rudement la honte de son origine, parce qu'il s'est oublié un moment? Mais la nature a donné un dard au reptile pour se venger de celui qui l'écrase avec orgueil.
OCTAVIO
Vous fûtes calomnié; soupçonnez-vous l'ennemi qui vous rendit ce mauvais office?
BUTTLER
Que m'importe? ce doit être quelque courtisan, quelque servile débauché, quelque Espagnol, peutêtre le descendant de quelque ancienne maison dont j'ai offusqué les regards, un fat envieux que chagrine un rang acquis par mes services.
OCTAVIO
Dites-moi, le duc approuva cette démarche?
BUTTLER
Lui-même m'y avait excité et s'employa pour moi avec une noble chaleur d'iTmitié.
OCTAVIO
Ab! êtes-vous bien certain de cela?
BUTTLER
J'ai lu la lettre.
ocTAYio, d'un air significatif.
Et moi aussi. Mais elle avait un tout autre contenu. {Buttler semble surpris.) J'ai par hasard celte lettre entre mes mains : vous pouvez la parcourir de vos propres yeux.
II lui donne la lettre.
BUTTLER
Qu'est-ce donc?
OCTAVIO
Je crains, colonel Buttler, qu'on ne se soit indignement joué de vous. Le duc, dites-vous, vous a eicité à cette démarclie. Dans cette lettre il parle de vous avec dédain, et conseille au ministre d'humilier votre impudence, comme il l'appelle. (Butder a lu la lettre; ses genoux tremblent; il prend un siège et s'assied.) Aucun ennemi ne vous persécute; personne ne vous veut de mal : l'affront que vous avez reçu doit être attribué au duc seul; et son dessein est clair, il voulait vous détacher de votre empereur; il espérait obtenir de votre vengeance ce qu'il n'aurait pu jamais gagner, dans une tranquille situation d'esprit, sur votre fidélité bien affermie ; il voulait vous employer comme un aveugle instrument
I»our te succès de ses projets criminels. C'est quoi il est parvenu ; il est heureux pour lui d' voir pu vous détourner du bon chemin où vo avez marché pendant quarante années.
BUTTLER, d'une voix émue.
Sa majesté l'empereur pourra-t elle me p donner?
OCTAVIO
L'empereur fera plus; il réparera l'injuste; front qu'a reçu un digne homme. 11 confirme, son propre mouvement, la faveur que le prii vous avait accordée dans des vues coupables : régimentque vouscoHimandezest à vous. (Buti veut se lever et semble de nouveau défaillir; ; âme est de nouveau tourmentée; il voudr parler et ne le peut pas : enfin il prend son é à son côté et la présente à Piccolomini.) ( voulez-vous ? Remettez-vous.
BUTTLEa.
Prenez-la.
OCTAVIO
Pourquoi? Revenez à vous.
BUTTLER
Prenez -la. Je ne suis plus digne de cette é]
OCTAVIO
Recevez-la de nouveau de ma main pourl'i ployer avec honneur à défendre la juste caus(
BUTTLER
J'ai pu manquer de fidélité pour un si généi empereur ! j
OCTAVIO
Vous avez réparé votre faute; quittez promj ment le duc.
BUTTLER
Moi le quitter!
OCTAVIO
Comment I que voulez-vous dire?
BUTTLER, avec un eviportemenl terrible.
Seulement le quitter! 11 doit périr!
Suivez-moi à Frauenberg, où tous les sujci dèles se rassemblent près de Galas et d'Allrii J'en ai ramené beaucoup d'autres à leur li' et cette nuit ils quittent Pilsen.
BUTTLER, vivement agité, se promène çà puis vient à Octavio avec un regard assu Comte Piccolomini, l'homme qui a violé peut-il oser encore parler d honneur?
OCTAVIO
11 le peut quand son repentir est aussi sii
BUTTLER
Laissez-moi ici sur ma parole d'honneur.
OCTAVIO
Que prétendez-vous ?
BUTTLER
Laissez -mol ici avec mon régiment.
OCTAVIO
Je me fie à vous. Cependant dites-moi < vous méditez.
BUTTLER
La suite vous l'apprendra : ne m'en dernl pas davantage. Fiez-vous à moi! vous le pot
LA MORT DE WALLENSTEIN
I le ciel! ce n'est pas son bon gdnie que vous s> z auprès de lui. Adieu.
Il sort.
UN DOMESTIQUE apporte un billet.
Un inconnu a apporté ceci et il est reparti sur- -champ. Les chevaux, du prince sont déjà en s.
Il sort.
OCTAVIO lit.
a Piessez-vous de partir. Votre fidèle Isolani. » liiiis, quittons cette ville. Si près du port, fauiit il échouer? Partons, partons; il n'y a plus sûreté pour moi ici. Mais...
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