‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 385 sur 637 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

OCTAVIO et MAX PICCOLOMINI.

I entre dans la plus violente agitation ; ses regards )nt une expression sombre; sa démarche est mal assurée ; il ne paraît pas apercevoir son père, qui se tient i l'écart et le regarde avec inquiétude. Il se promène à grands pas, puis s'arrête tout à coup et se jette sur un siège qui se trouve près de lui.

OCTAVIO s'approche de lui.

le pars, mon fils. (// n'obtient aucune réponse; prend la main de Max.) Adieu, mon fils, ieu.

MAX

idieu.

OCTAVIO

Tu me suivras de près?

MAX, sans le regarder.

Moi, vous suivre! votre route est tortueuse, ce :st pas la mienne. {Octavio laisse sa main et recule.) Ah! si vous aviez été droit et sincère, nais les choses n'en fussent venues là; tout aut tourné autrement. Il n'eût pas pris ce terrii dessein ; les bons auraient conservé leur pouir sur lui, et il ne fût pas tombé dans les pièges 3 méchans. Pourquoi, semblable à un malfaiir ou à son complice, vous êtes-vous glissé près lui pour l'épier avec ruse et en silence? Malareuse fausseté, mère de tout ce qui est mal, tu us as perdus, tu nous as plongés dans le désesir. Noble franchise, protectrice de l'homme, tu us eusses tous sauvés. Mon père , je ne puis JS excuser, je ne le puis. Le duc m'a jeté dans horrible étonnement, mais vous, vous êtes isque aussi coupable.

OCTAVIO

Mon fils, hélas! je pardonne à ta douleur. MAX se lève et le regarde d'un oeil de doute. ■>crait-il possible? Mon père! mon père! auriez- Js conduit tout ceci avec préméditation? Sa Lite sert à votre élévation. Octavio , cette idée afOige.

OCTAVIO

Dieu tout-puissant !

MAX

Malheur à moi! la nature est changée pour

moi, et le soupçon est entré dans mon âme confiante. Fidélité, confiance, espoir, tout est perdu pour moi! j'ai été trompé par tout ce que je vénérais le plus. Non , non . tout ne m'a pas trahi. Elle vit encore pour moi, elle, sincère et pure comme le ciel. Partout règne la tromperie, l'hypocrisie, le meurtre, le poison, le parjure et la trahison; notre amour seul, dans toute l'humanité, reste pur et sans profanation.

OCTAVIO

Max, viens avec moi sur-le-champ ; cela vaut mieux.

Eh quoi! avant de lui avoir dit adieu, un dernier adieu? Jamais.

OCTAVIO

Epargne-toi le déchirement d'une séparation nécessaire; viens avec moi, viens, mon fils.

11 veut l'entraîner.

MAX

Non, j'en jure par le ciel.

OCTAVIO, le pressant.

Viens avec moi, je t'en conjure, moi ton père.

MAX

Demandez-moi ce qui est humainement possible; je demeure.

OCTAVIO

Max, au nom de l'empereur, suivez-moi.

' MAX

L'empereur n'a pas de droits sur mon cœur. Et voulez-vous me ravir encore le seul bien qui ree reste dans mon malheur, sa pitié? Faut-il donc accomplir cruellement une telle cruauté? Dois-je donc prendre honteusement une irréparable résolution? me dérober à elle furtivement par une fuite lâche et indigne? Non, elle verra mes souffrances, ma douleur; elle entendra les sanglots démon âme déchirée; elle versera des larmes sur moi. Ah ! les hommes sont cruels ; mais elle, c'est un ange; elle sauvera mon cœur d'un désespoir horrible et furieux! elle calmera la douleur de la mort par de douces paroles de consblation.

Tu ne te sépareras pas d'elle, cela te sera impossible. Viens, mon fils, préserve ta vertu.

MAX

Ne prodiguez pas des discours inutiles; j'obéis à la voix du cœur, c'est la seule à laquelle je puisse me confier.

OCTAVIO, avec trouble et tremblant.

Max ! Max ! si un chagrin si horrible m'était réservé; si tu. . 0 mon fils! mon propre sang! je n'ose y penser; si tu te livrais à une telle honte, si tu imprimais cette flétrissure à l'honneur de notre maison, alors le monde verrait avec effroi le glaive du fils s'abreuver, dans un affreux combat, du sang de son père.

MAX

Ah ! si vous eussiez mieux pensé des hommes, vous eussiez agi dune meilleure sorte; misérable

THÉÂTRE DE SCHILLER

défiance, soupçons maudits! rien ne semble ni ferme ni assuré, tout est chancelant à l"œil de celui qui ne sait point avoir de confiance.

OCTAVIO

Et si je me fie à ton cœur, sera-t-il toujours en ton pouvoir de suivre ses mouvcmens?

MAX

Vous n'avez pu les vaincre ces mouvemens de mon cœur, le duc ne le pourra pas davantage.

OCTAVIO

Ah! Max, je ne te reverrai jamais!

MAX

Vous ne me verrez jamais indigne de vous.

OCTAVIO

Je pars pour Frauenbcrg; je te laisse ici les régimens de Pappcnheim, de Lorraine, de Toscane et de Tiefenbach pour te défendre; ils t'aiment, ils sont fidèles à leur serment, et ils aimeraient

mieux succomber avec courage en combattan que d'abandonner leur chef et l'honneur.

MAX

Assurez-vous que je perdrai la vie en combat tant ou que je les conduirai hors de Pilsen. OCTAVIO, prêt à s'éloigner.

Adieu.

MAX

Adieu.

OCTAVIO

Quoi! pas un regard d'affection, pas un serre ment de main en nous quittant! Nous parton pour une guerre sanglante, incertaine, dont 1 suite est douteuse. Ce n'est pas ainsi que nou avions coutume de nous séparer ; il est donc vra je n'ai plus de fils.

Mai se jette dans ses bras; ils se tiennent long-teni[

embrassés en silence, puis s'éloignent chacun d'un côl

diflérent.

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