‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 388 sur 637 · I.A tHCIIESSE · texte numérisé non relu

I.A tHCIIESSE

Homme inflexible et indomptable ! ah ! que n'ai-je pas supporté et souiTert depuis qu'un triste lien nous a unis? La vie que j'ai menée avec lui est telle que si j'eusse été enchaînée à un char de feu roulant sans cesse avec une rapidité que rien ne ralentit : il m'a fait vivre sur le bord escarpé d'un abîme , en proie à la frayeur et au vertige. Non, ne pleure pas, mon enfant; que mes souffrances ne soient pas pour loi une cause de mauvais pressentimens de l'avenir qui l'est réservé. Il n'y a pas au monde un second Friedland ; et loi, mon enfant, tu n'as pas à redouter le sort de la mère.

TIIÉCLA.

Ah ! fuyons d'ici , ma mère , fuyons promptement ; ce séjour nous convient mal ; chaque instant présente a nos yeux quelque image nouvelle, plus triste et plus effrayante.

LA DUCUESSE.

Tu auras un sort plus heureux. Et nous aussi , ton père et moi , nous avons eu de beaux jours! Je pense encore avec bonheur aux premières années de notre union. Alors, son esprit était à la fois actif et serein ; l'ambition lanimait d'un feu modéré; ce n'était point encore une Qamme dévorante : l'empereur l'aimait, se confiait à lui, n'entreprenait rien sans l'avoir consulté. Mais depuis ce malheureux jour de Ratisbonne, où il fut précipité de sa haute fortune, un esprit inégal, insociable, sombre, soupçonneux, s'est emparé de lui : le calme a fui loin de lui; renonçant à son ancienne félicité, ayant perdu la douce confiance qu'il avait en ses propres forces, il applique son cœur à des pratiques ténébreuses, qui jamais n'ont porté bonheur à aucun de ceux qui les employèrent.

Vous voyez avec vos yeux ; mais sont-ce là les discours qui conviennent, lorsque nous l'attendons? 11 sera bientôt ici, vous le savez; devrait-il vous trouver dans une telle disposition ?

LA DUCHESSE

Viens, mon enfant; essuie tes larmes, montre à ton père un visage serein ; regarde, la chevelure est en désordre, rattaches on les nœuds; viens, sèche tes pleurs, ils obscurcissent le doux éclat de les yeux. Que voulais-jc dire? Oui, Piccolomini est un jeune homme noble et distingué.

LA COMTESSE

Il est vrai , ma sœur.

THÉcLA. a la Comtesie, dun air de souffrance. Ma tante, vouërez-vous m'exruser?

Elle veut se retirer.

"W^ LA coaTKssl:.

Où allez-vous? votre père vient.

THÉCLA

Je ne puis le voir maintenant.

LA COMTESSE

Il s'apercevra de votre absence el vous demandera.

LA DUCHESSE

Pourquoi sortir?

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