‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 40 sur 637 · X-E MAURE · texte numérisé non relu

X-E MAURE

GIANETTINO

Je te dis : le masque blanc.

LE MAURE

Bien, bien.

GIANETTINO

Tu entends ? ( Lui montrant son cœur. ) Tu ne manqueras pas de le frapper là.

LE MAURE

Soyez tranquille.

GIANETTINO

Et un coup bien ferme.

LE MAURE

Il en aura assez.

GIANETTINO, avcc uu sourire féroce.

Que ce pauvre comte ne souffre pas longtemps.

LE MAURE

Excusez. — Combien à peu près estimez-vous sa tête?

GIANETTINO

Cela vaut bien cent sequins.

LE MAURE

Bagatelle ; c'est peu.

Que murmures-tu?

LE MAURE

Je dis... que c'est une besogne facile.

GIANETTINO

C'est ton affaire. — Cet homme est un aimant, tous les esprits turbulens viennent à lui. — Tu as întendu, drôle, ne le manque pas.

LE MAURE

Mais, seigneur, il faudra fuir sur-le-champ à Venise.

GIANETTINO

Aussi voilà d'avance ta récompense. {Il lui jette )tn billet de banque.) Au plus tard dans trois jours, il sera à bas.

11 sort.

LE MAURE, ramassant le billet par terre.

Cela s'appelle avoir du crédit'. Ce seigneur se

lie à ma parole, sans signature.

11 sort.

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CALCAGNO, derrière lui SACCO, tous deux en manteau noir.

CALCAGNO

Je m'aperçois que tu épies tous mes pas.

SACCO

Et je m'aperçois que tu me les caches tous. Ecoute, Calcagno; depuis plusieurs semaines, ton visage semble travaillé de quelque pensée qui ne peut avoir rapport qu'à la patrie. J'ai cru, frère, que nous pourrions échanger secret contre secret, et qu'aucun de nous ne perdrait à ce commerce de contrebande. — Veux-tu être sincère ?

CALCAGNO

Au point que si ton oreille veut s'épargner la peine de descendre dans mon sein, mon cœur ira au-devant de toi sur ma langue. — J'aime la com tcssc Eiesque.

SACCO recule étonné.

Assurément je ne l'aurais pas deviné, quand j'aurais passé en revue toutes les possibilités. Ton choix met mon esprit à la torture : si tu réussis, je m'y perds.

CALCAGNO

On dit qu'elle est le modèle de la plus sévère vertu.

SACCO

Mieux que cela encore : c'est un beau commentaire d'un ennuyeux texte. De deux choses l'une, Calcagno : renonce à ton cœur ou à ton entreprise.

Le comte est intidèie : la jalousie est la plus habile des entremetteuses. Un projet contre les Doria tient le comte en haleine, et me donne l'entrée de son palais. Pendant qu'il chassera le loup du troupeau, le renard entrera dans son poulailler.

SACCO

A merveille, frère, je te remercie; tu m'as tout-à-coup dispensé de rougir; ce que j'avais honte de penser, je puis maintenant te le dire : je suis à la mendicité, si le gouvernement actuel n'est pas renversé.

CALCAGNO

Tu as donc bien des dettes?

SACCO

... Si énormes, que huit fois ma vie ne suffirait point pour en acquitter le premier dixième. Une révolution dans l'État me mettra à l'aise, je l'espère: si elle ne me donne pas les moyens dem'acquitter, au moins elle ôtera à mes créanciers ceux de me poursuivre.

CALCAGNO

J'entends; et si Gênes, par l'occasion, devient libre, Sacco se laissera proclamer père de la patrie. Qu'on vienne encore s'échauff"er sur ces contes rebattus de pureté d'àme, quand la banqueroute d'un vaurien ou les passions d'un libertin déci-

THÉÂTRE DE SCHILLER

dent (lu sort des états! Par Dieu, Sacco, j'admire cil nous deux les beaux calculs de la Providence, qui guérit le cœur par les ulcères des membres. — Verrina sait-il ton projet?

SACCO

Autant qu'un patriote doit le savoir. Gènes, lu le sais, est le pivot sur lequel tournent toutes ses pensées avec une constance à l'épreuve ; son regard d'aigle est maintenant altachésur Fiesquc.U espère aussi que tu es en grand chemin de conspirer avec audace.

CALCAGNO

Il a bon nez. Viens; allons le trouver, et attiser \j)n amour de la liberté avec le nôtre.

Ils sortent.

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