SCÈNE III
W4LLRNSTE1N entre , conversant avec le BOURGMESTRE d'Egra; les PRÉcif.DExs.
ALLENSTEIN
Vous étiez autrefois une ville libre? je vois que vous portiez dans vos armes une moitié d'aigle .. Pourquoi une moitié seulement ?
LE BOURGMESTRE
La ville était libre et impériale; mais il y a environ deux cents ans qu'elle fut engagée à la couronne de Bohême. C'est pourquoi nous ne portons plus qu'une moitié d'aigle; l'autre moitié nous sera rendue quand l'empire nous dégagera.
WALLE.NSTELN.
Vous méritez la liberté; conduisez-vous seulement bien , ne prêtez pas l'oreille aux propos séditieux... Combien payez-vous d'impôt?
LE BOURGMESTRE ^levant les épaules.
A peu près ce que nous gagnons. La garnison vit aussi à nos dépens.
WALLBNSTELN.
L'impôt sera diminué. Dites-moi , y a-t-il encore des prolestans dans la ville? [Le Bourgmestre hésite.) Oui, oui, je le sais, il y en a encore beaucoup de cachés dans ces murs ; allons, avouerle-moi franchement; vous-même, n'est-ce pas? { Il le regarde fixement. Le Bourgmestre semble effrayé. ) Ne craignez rien, je hais les jésuites ; si cela dépendait de moi , ils seraient depuis longtemps chassés de l'Empire ; le .Missel ou la Bible, que m'importe à moi ? je l'ai assez laissé voir. J'ai moi-même bâti une église pour les luthériens à Glogau. Écoutez, bourgmestre; comment vous appelez-vous?
LE BOURGMESTRE
Pachhalbel, mon prince.
W.\LLE.NSTEIN.
Écoutez-moi , mais vous ne répéterez pas ce que je vais vous dire de confiance. // lui met la main sur l'épaule avec une espèce de solennité '
THÉÂTRE DE SCHILLER
L'accomplissement des temps est arrivé , bourgmestre; ceux qui sont élevés seront abaissés, et ceux qui sont abaissés seront élevés ; gardez ces secrets pour vous. L'artificieuse autorité des Espagnols touche à sa fin ; un nouvel ordre de choses va commencer. N'avez-vous pas vu récemment trois lunes à la fois dans le ciel?
LB BOURGMESTRE
Oui, avec effroi.
WALLENSTEIN
Deux changèrent de forme, et prirent la figure de poignards sanglans; celle du milieu seule demeura dans tout son éclat.
LE BOURGMESTRE
Nous pensions que ce présage avait rapport aux Turcs.
WALLENSTEIN
Aux Turcs I Non ; deux empires doivent périr d'une manière sanglante , l'un à l'orient, l'autre à l'occident : c'est moi qui vous le dis ; et la croyance des luthériens prévaudra seule. ( remarque Buttler et Gordon. ) Pendant que nous étions en route, une forte fusillade s'est fait entendre sur la gauche. L'a-t-on aussi entendue lans la place?
GORDON
Nous l'avons bien entendue, mon général; le vent nous apportait le bruit du côté du sud.
BUTTLER
Cela paraissait venir deNeustadt ou deWeiden.
WALLENSTEIN
C'est le chemin par où les Suédois doivent venir, da garnison est-elle forte ?
GORDON
Huit cents hommes de bonnes troopes, le reste, des invalides.
WALLENSTEIN
El de combien est celle de JoachimslhalT
GORDON
J'ai envoyé deux cents arquebusiers pour renforcer ce poste contre les Suédois.
WALLENSTEIN
Vous avez bien fait, c'est une sage précaution. On a aussi ajouté aux ouvrages, j'ai vu cela de la route.
GORDON
Nous voyant si pressés par le rhingrave, j'ai fait sur-le-champ élever deux redoutes.
WALLENSTEIN
Vous servez bien l'empereur, lieutenant, je suis content de vous. [A Buttler.) Vous retirerez le poste de Joachimsthal, et vous rassemblerez tous ceux qu'on avait opposés à l'ennemi. {A Gordon.) Commandant, je remets en vos fidèles mains ma femme , ma fille et ma sœur. Je ne compte pas faire ici de séjour, j'y attends seulement des lettres ; et après les premières qui me viendront, je quitterai la ville avec tous les régimens.
VVVVVV\VVViVVV\VVVV\/\AV^'VV\VV\V\A'ViVVV\VVVV\'V\VVV^AVVV\VVV\V