‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 421 sur 637 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Le théâtre représente l'appartement de la duchesse.

THÉCLÀ, dans un fauteuil, pâle et les yeux fermés ; LA DUCHESSE et M"»" DE NEU- BRUNN , empressées autour d'elle ; WAL- LENSTEIN et LA COMTESSE.

WALLENSTEIN

Comment a-t-elle pu l'apprendre sitôt?

LA COMTESSE

Elle semblait avoir prévu ce malheur. Le bruit d'un combat où un colonel autrichien avait péri l'avait d'abord effrayée, je m'en étais bien aperçus : elle a volé à la rencontre du messager suédois, et, par ses questions, lui a bientôt arraché ce malheureux secret. Nous nous sommes aperçue trop tard de son absence : nous avons couru pour la rejoindre ; le messager la soutenait déjà évanouie dans ses bras.

WALLENSTEIN

Combien a dû la frapper cette nouvelle inattendue! Pauvre enfant! ( Il se tourne vers la Duchesse. ) Comment est-elle ? Reprend-elle ses sens?

LA DUCHESSE

Elle ouvre les yeux.

LA COMTESSE

Elle vit.

THlf-CLA, regardant autour d'elle.

Où suis-je?

WALLENSTBiN vo à elle en lui tendant les bras. Reviens à loi, Thécla, sois ma courageuse Bile. Regarde, te voici près de ta mère chérie , et ton père te tend les bras.

THÉCLA se relève.

Où est- il ? îl n'y est plus?

LA DUCHESSE

Qui, ma fille?

TH^CLA

Celui qui a prononcé ces fatales paroles.

LA DUCHESSE

Ne pense pas à lui, mon enfant ; écarte ta pensée de celte image.

WALLENSTEIN

Laissez sa douleur se répandre; laiMez-la se

THÉÂTRE DE SCHILLER

plaindre ; mêlez vos larmes aux siennes , car elle a à supporter une grande douleur. Mais elle saura la soutenir : ma Thécla a hérité de son père un cœur qui ne se laisse point abattre.

Je ne suis point sans force ; je puis me soutenir. Pourquoi pleure ma mère? L'aurais-je effrayée? Voilà qui est passé ; j'ai repris tous mes sens. ( Elle s^est levée, et cherche quelqu'un dans la salle. ) Où est-il ? Qu'on ne le cache point à ma vue ; j'ai assez de force pour l'entendre.

LA DUCHESSE

Non , Thécla , ce malheureux messager ne doit jamais reparaître devant tes yeux.

THÉCLA

Mon père...

WALLENSTEIN

Chère enfant !

THÉCLA

Je ne suis plus faible ; me voici encore mieux remise ; accordez-moi une grâce.

•WALLENSTEIN

Parle.

THÉCLA

Permettez que l'on rappelle cet étranger ; je veux l'entendre et l'interroger seule.

LA DUCHESSE

Jamais.

LA COMTESSE

Non, c'est une idée funeste ; n'y consentez pas.

Pourquoi veux-tu lui parler, ma fille?

THÉCLA

Je serai plus calme quand je saurai tout ; je ne veux point être trompée; ma mère veut me ménager, je ne veux pas être ménagée ; le mot terrible est déjà prononcé, je ne puis rien entendre d'aussi affreux.

LA DUCHESSE et LA COMTESSE, à Wallenstein.

N'y consentez pas.

THÉCLA

J'ai été surprise par mon premier effroi. Mon cœur m'a trahie en présence de cet étranger ; il a été témoin de ma faiblesse, je suis tombée dans SCS bras ; j'en suis encore confuse; je veux me relever dans son idée ; il faut que je parle à cet étranger, pour qu'il n'emporte pas de moi une opinion défavorable.

WALLENSTEIN

Je trouve qu'elle a raison, et je penche à lui accorder sa demande. Qu'on le rappelle.

Mme de Neubrunn sort.

LA DUCHESSE

Mais , moi, ta mère, je serai présente.

THÉCLA

Je préfère lui parler seule ; cela me donnera plus de force pour me soutenir.

WALLENSTEIN, à la Duchesse.

Laissez-la faire, qu'elle lui parle toute seulej il est des douleurs où l'homme ne peut trouver de secours qu'en lui-môme, où le cœur doit être abandonné à sa propre force : c'est dans son sein et non dans le sein d'autrui qu'elle doit chercher

LA MORT DE WALLENSTRTN

la force de supporter un pareil coup; elle est ma courageuse fllle, ce n'est pas une faible femme, et je veux la voir se conduire en héros.

Il veut sortir.

LA COMTESSE l'arrête.

Oîi allez-vous ? J'ai entendu dire à Terzky que vous vouliez partir dès demain et nous laisser ici.

WALtEîVSTElN.

Oui , vous demeurerez ici sous la garde d'un brave homme.

LA COMTESSE

Emmenez-nous avec vous, mon frère; ne nous laissez pas dans cette triste solitude attendre l'événement avec toutes les agitations de l'inquiétude. On supporte facilement le malheur présent, mais il est rendu plus grand et plus affreux par le doute , et les tourmens de l'attente s'accroissent par l'absence.

WALLENSTEIiV.

Pourquoi parler de malheur? Tenez des discours moins sinistres. J'ai de tout autres espérances.

LA COMTESSE

Ah ! emmenez-nous ; ne nous laissez pas dans ce lieu de triste présage. Mon cœur se sent oppressé dans ces murs; il me semble que je respire l'air de l'antre de la mort. Je ne puis dire combien ce lieu me semble funeste. Emmenez-nous ; venez, ma sœur; priez-le aussi de nous emmener: chère nièce, venez à mon secours.

WALLENSTEIN

Ce lieu n'aura plus rien de funeste ; il renferme tout ce que j'ai de plus cher au monde.

MADAME DE NEUBRUNN revient.

Voici l'officier suédois.

■WALLENSTEIN

Laissez-la seule avec lui.

Il sort.

LA DUCHESSE, à Thécla.

Tu pâlis , mon enfant ; il te sera impossible de lui parler ; viens avec ta mère.

THÉCLA

Madame de Neubrunn restera près de moi. La Duchesse et la Comtesse sortent.

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