‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 422 sur 637 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

THÉCLA, un CAPITAINE suédois; M""» DE NEUBRUNN.

LE CAPITAINE s'approche respectueusement.

Princesse , j'ai à vous demander pardon ; mon récit imprudent et subit... Je ne pouvais prévoir... THÉCLA , d'un ton plein de noblesse.

Vous m'avez vue en proie à toute ma douleur; une malheureuse circonstance vous a introduit, vous étranger, dans mon intimité.

LE CAPITAINE

Je crains que les tristes paroles que ma bouche a prononcées ne vous aient rendu mon aspect odieux.

THÉCLA

C'est ma faute ; c'est moi-même qui vous les ai arrachées , c'est la voix du destin qui les a proférées. Mon effroi a interrompu le récit commencé; je vous prie de l'achever.

LE CAPITAINE, d'tinatr attentif.

Princesse, ce sera renouveler votre douleur.

THÉCLA

Je suis plus calme... je serai calme. Commen. a commencé ce combat ? Achevez votre récit.

LE CAPITAINE

Nous étions, sans craindre aucune attaque, faiblement retranchés dans notre camp près do Neustadt , quand tout-à-coup vers le soir un nuage de poussière s'est élevé du côté de la forêt; notre avant-garde en déroute s'est précipitée dans le camp , criant : Voici l'ennemi ! A peine avons-nous le temps de nous jeter sur nos chevaux; les cuirassiers de Pappenheim avaient, d'un élan rapide , traversé les branchages qui protégeaient le camp ; bientôt après cette troupe impétueuse avait franchi le premier fossé ; dans leur courage imprudent , ils s'avancent jusqu'au second, laissant derrière eux l'infanterie, et ne songeant au milieu de leur témérité qu'à suivre leur chef téméraire. (Thécla paraît émue; le Capitaine se tait un instant ; elle lui fait signe de continuer. ) Alors, rassemblant toute la cavalerie , nous les pressons en face et sur les flancs; nous les forçons à reculer jusqu'au fossé, où l'infanterie , qui s'était formée promptement en bataille , leur oppose le rempart impénétrable de ses hallebardes. Pressés de toutes parts dans cette terrible enceinte, ils ne peuvent aller ni en avant ni en arrière : alors le rhingrave crie à leur chef de se rendre, comme un brave guerrier qui ne peut plus se défendre. Mais le colonel Piccolomini... [Thécla chancelle et s'appuie sur un fauteuil. ) On l'avait reconnu au cimier de son casque et à ses longs cheveux, qui, dans sa course rapide, flottaient détachés. Il montre le fossé, s'élance le premier, le fait franchir par son noble coursier ; les cuirassiers se précipitent sur ses traces : mais déjà son cheval avait été blessé, s'était cabré de fureur, avait lancé au loin son cavalier ; et toute sa troupe le foule aux pieds des chevaux, que le mors ne peut plus arrêter.

Thécla, pendant les dernières paroles, a laissé voir tous les signes d'une angoisse toujours croissante. Elle est saisie d'une sorte de tremblement convulsif : elle va s'évanouir. Madame de Neubrunn accourt, et la reçoit dans ses bnts.

MADAME DE NEUBRUNIf.

Ma chère maltresse !

LE CAPITAINE, ému.

Je vais m'éloigner.

THÉCLA

Je n'ai plus rien , achevez.

LE CAPITAINE

Alors la rage du désespoir s'empare des cuirassiers, qui ont vu tomber leur chef ; aucun ne songe plus à son propre salut : ils combattent

THÉÂTRE DE SCHILLER

comme des ligres en fureur; leur résistance oj)!niâtre redouble notre ardeur , et le combat ne finit que lorsqu'ils ont succombé tous jusqu'au dernier.

TiiécLA , d'une voix tremblante.

Et où... où est... Vous ne me dites pas tout. LE CAPITAINE . après un moment de silence- Ce matin nous avons fait ses funérailles; douze jeunes gens des plus nobles familles portaient le •orps que suivait toute l'armée ; le cercueil était couvert de lauriers, et le rhingrave lui-même y a déposé son épée victorieuse : son triste sort n'a pas manqué de larmes ; beaucoup d'entre nous avaient éprouvé sa grandeur d'âme et la bienveillance de son caractère; chacun était attendri sur son destin. Le rhingrave aurait désiré l'épargner; mais lui-môme a rendu inutile cette bonne intention, et l'on dit qu'il voulait mourir. MADAME DE NEUBRUNN , tout émue , à Tfiécla , qui s'est caché le visage.

Ma chère maîtresse , ne fermez pas ainsi les yeux ; pourquoi avez-vous voulu cet entretien ?

TIIÉCLA.

Où est aon tombeau?

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