‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 45 sur 637 · UN MASQUE · texte numérisé non relu

UN MASQUE

Nous sommes accoutumés à ne les compter que par les actions.

Cette réponse est virile et... C'est Verrina ! VERiiiNA, ôtant son masque.

Fiesque reconnaît ses amis plus promptcment sous leur masque qu'ils ne le reconnaissent sous le sien.

FIESQUE

Je ne comprends pas cela. Mais pourquoi ce crêpe de deuil à ton bras? Verrina aurait-il fait quelque perte que Fiesque ne saurait pas?

VEUniNA.

Une nouvelle de deuil ne convient pas dans les fêtes joyeuses de Fiesque.

FIESQUE

Cependant, quand un ami l'exige... ( // lui serre la main cordialement.) Ami de mon âme, qui nous est mort, à nous deux?

VERRINA

A nous deux ! à nous deux ! Ah ! cela est trop vrai. Mais tous les fils ne pleurent pas leur mère.

FIESQUE

T« mère est depuis longtemps enterrée.

VERRINA, d'un ton expressif.

Je me souviens que Fiesque m'appelait son frère, parce que j'étais le fils de sa patrie. FIESQUE , avec gaieté.

Ahî c'est cela? C'était donc une manière de plaisanter? Porter le deuil de Gênes! il est vrai que Gênes est réellement à l'agonie. La pensée est unique, neuve. Notre ami commence à devenir plaisant.

Il a parlé sérieusement, Fiesque!

FIESQUE

Sans doute! sans doute! c'est cela même. L'aii renfrogné et même attendri. La plaisanterie perd tout son prix , lorsque le plaisant rit lui-même. Une vraie mine d'enterrement! Aurais-je pensé que le sombre Verrina deviendrait un jovial railleur dans ses vieux jours?

SACCO

Verrina, viens ! il ne sera jamais des nôtres.

FIESQUE

Livrons-nous à la gaieté, camarades, montronsnous tels que ces héritiers rusés, qui suivent le cercueil en sanglotant, et n'en rient que mieux dans leur mouchoir. Pourquoi se mettre en peine pour une rude marâtre? C'est pourquoi, lajssonsla se tourmenter, et divertissons-nous.

VERRINA, vivement ému.

Ciel et terre ! et ne rien faire? — Qu'es-tu devenu, Fiesque? Oij est ce grand ennemi des tyrans? J'ai vu un temps où l'aspect d'une couronne t'aurait jeté en convulsions. Fils dégénéré de la république! si le temps change ainsi les âmes, je ne donnerais pas un denier de mon immortalité ; et c'est toi qui es responsable de ce sentiment.

FIESQUE

Tu es un éternel rêveur. Qu'il mette Gênes dans sa poche et la vende à un corsaire de Tunis, que nous importe ? nous boirons du vin de Chypre, et nous caresserons de jolies filles.

VERRINA le regarde sévèrement.

Est-ce ton opinion véritable et sérieuse?

Pourquoi pas, ami? est-ce donc un si grand plaisir d'être une des pattes de ce lourd animal aux mille pieds, qu'on appelle la république? Grand merci à celui qui lui a donné des ailes, et qui dispense les pattes de leur office. Giancttino Doria sera doge, et les afl'aires de l'État ne feront pas blanchir un cheveu de ma tête.

VERRINA

Fiesque, est-ce ton opinion véritable et sérieuse ?

FIESQUE

André adopte un neveu pour fils et pour héritier de ses biens : qui serait assez fou pour lui disputer l'héritage de son pouvoir?

VERRINA, avec une extrême impatience.

Allons, Génois, allons.

Il s'éloigne promptoment de Fiesque, les autres le suivant.

LA CONJURATION DE FIESQUÉ

FIESQUE

Verriiia... Vcrrina!... ce républicain est innexible comme l'acier.

^\\VV\A*VVVVV\«nAVVVVVVV\VïaVVVVVVVVV\VVVVVVVlVVVVVVVVVVl\V

Page 1