‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 46 sur 637 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

FIESQUE, UN MASQUE inconnu.

LE MASQUE

Avez-vous une minute à m'accorder, Lavagna?

FIESQUE, d'un air prévenant.

Pour vous, une heure.

LE MASQUE

Ainsi vous me ferez la grâce de faire avec moi une promenade hors de la ville?

FIESQUE

Il est minuit cinquante minutes.

LE MASQUE

Vous me ferez celte grâce, comte?

FIESQUE

Je vais faire mettre les chevaux.

LE MASQUE

Cela n'est pas nécessaire : j'ai envoyé un chenal en avant. Il n'en faut pas davantage, car j'es- )ère qu'un seul de nous reviendra.

FIESQUE, surpris.

Et?...

LE MASQUE

On exigera de vous une sanglante explication lour certaines larmes.

FIESQUE

Et ces larmes?

LE MASQUE

... Sont celles d'une certaine comtesse de Laagna. Je connais fort bien cette dame, et je dérerais savoir par où elle a mérité d'être sacrlée à une folle.

Maintenant je vous comprends. Puis-je savoir ! nom de cet étrange questionneur?

LE MASQUE

C'est le même qui autrefois adorait la demoiille de Cibo, et qui s^rctira quand Fiesque de- ■nt son époux.

FIESQUE

Scipion Bourgognino !

BOURGOGNINO, ôtant son masque.

C'est lui qui maintenant veut réparer la honte l'il a eue de se retirer devant un rival d'assez tu d'âme pour faire souffrir cette douce pernne.

FIESQUE Vemhrasse avec feu.

Noble jeune homme ! Grâces soient rendues aux lagrins de ma femme , qui me font faire une si gne connaissance. Je sens la noblesse de vot.-e '1ère, mais je ne me bats point.

^BOURGOGmlvo, reculant d'un pas.

' le comte de Lavagna serait-il trop lâche pour ! pas se risquer contre le premier essai de mon ée?

FIESQUE

Bourgognino, contre toutes les forces de la

France, mais point contre vous. J'honore cette chaleur de sentiment pour un objet aimé. L'intention est glorieuse, l'action serait puérile. BOURGOGNINO, Vivement.

Puérile, comte! Une femme peut pleurer d'un outrage... que doit faire un homme?

Cela est fort bien dit, mais je ne me bats j point.

I BOURGOGNINO îui tourne le dos et s'en va.

j Je vous mépriserai.

FIESQUE, vivement.

! Par le ciel ! jeune homme , cela ne sera jamais, même quand la vertu aurait perdu son prix. ( //

j lui prend la main d'un air réfléchi. ) Avez-vous jamais senti pour moi ce qu'on appelle... comment dirai-je?... ce qu'on appelle du respect?

BOURGOGNINO.

Aurais-je cédé à un homme que je n'aurais pas regardé comme le premier des hommes?

FIESQUE

Eh bien, ami, si un homme avait autrefois mérité mon respect, je serais long-temps avant d'apprendre à le mépriser ; je penserais que la trame d'un grand maître doit être assez artistement tissue pour ne pas sauter aux yeux d'un frivole apprenti. —Retournez chez vous, Bourgognino, et prenez le temps d'examiner pourquoi Fiesque agit ainsi , et non pas autrement. ( Bourgognino se retire en silence.) Allez, noble jeune homme; si cette chaleur s'emploie pour la patrie, les Doria n'ont qu'à se tenir ferme.

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