SCÈNE VII
Le cabinet de la princesse d'Eboli.
LA PRINCESSE , vêtue avec beaucoup de goût, d'élégance et de simplicité , joue du luth et chante; ensuite arrive LE l'AGE de la Reine.
LA i'Ki>:cESSE, se relevant tout-à-coup.
Il vient.
V LE PAGE, accourant.
) Êtes-vous seule?... Je m'étonne de ne pas le trouver ici; mais il va paraître à l'instant.
LA PRINCESSE
Doit-il venir?... Ainsi il viendra , cela est dé- <idé?
LE PAGE
Il suit mes jias... Princesse, vous êtes aimée, aimée comme personne ne le sera, comme per- :onne ne l'a été. De quelle scène j'ai été témoin ! LA PRINCESSE, impatiente, l'attire à elle.
Réponds vite. Tu lui as parlé. Réponds, qu'at-il dit? comment t'a-t-il reçu? quelles ont été ses paroles? a-t-il paru embarrassé? a-t-il deviné la personne qui lui envoyait la clef?... réponds vite... ou bien ne l'a-t-il pas deviné?... n'a-t-il rien deviné ou a-t il cru que c'était une autre?.,. Eh bien! tu ne me réponds pas un mot?... Mais ti donc! n'es-tu pas honteux de tant de gaucherie? Je ne te vis jamais si insupportable.
LE PAGE
Puis-je placer un mot, princesse? Je lui ai remis la clef et le billet dans le premier salon de la reine ; il m'a semblé in terdit, et m'a regardé lorsque je lui ai dit que je lui étais envoyé par une dame.
LA PRINCESSE
11 était interdit! très-bien, à merveille! continue, poursuis ton récit.
LE PAGE
Je voulais en dire davantage, mais alors, er pAlissant , il m'a arraché la lettre des mains, il m'a dit, avec un regard menaçant, qu'il savait tout. 11 a lu la lellrc avec trouble; d'abord en la lisant il tremblait.
LA PRINCESSE
Qu'il savait tout? il sait tout?... il a dit cela?
LE PAGE
Et il m'a demandé trois à quatre fois si c'était vous-mAme, réellement vous-même, qui m'aviez remis la lettre.
LA PKI.\CESSE.
Si c'était moi-même?... et ainsi il a prononcé mon noai?
LE PAGE
Voire nom? Don, il ne l'a pas prononcé. Des
fHÉATllE DE SCHILLER
espions, a-t-il dit, pouvaient épier aux environs et tout rapporter au roi.
LA PRINCESSE, étonnée.
Il a dit cela?
LE PAGE
Il importerait prodigieusement>au roi, disait-il, il lui importerait [)ar-dessus tout d'avoir connaissance de cette lettre.
LA PRINCESSE
Au roil as-tu bien entendu?... Au roi! est-r. l'expression dont il s'est servi?
LE PAGE
Oui; il disait que c'était un dangereux mystère ; il m'a averti de veiHer avec soin sur mes paroles et mes démarches, de peur que le roi ne conçût quelque soupçon.
LA PRINCESSE, après avoir réfléchi un instant, semble surprise.
Tout me le prouve; cela ne péiit être autrement. 11 sait quelque chose de cette aventure; cela est incompréhensible. Oui peut lui avoir révélé? qui? je me le demande? Qui?... celui donti le regard est plus pénétrant, plus clairvoyant,' qu'aucun autre : l'amour aux yeux perçans. Mais parle, continue, il a lu le billet.
LE PAGE
Le billet annonçait , disait-il, un bonheur quii le faisait frémir d'épouvante; jamais il n'avait osé le rêver. Par malheur le duc d'AIbe est entré, ce qui nous a forcés...
LA PRINCESSE, avcc anxiété.
Mais, au nom de Dieu, qu'est-ce que le duc a à faire ici? où est-il retenu? que tarde-t-il? pourquoi ne paraît-il pas? Tu es sans doute mal informé. Combien il serait déjà heureux s'il avait profité des instans que tu emploies à me raconter qu'il désire ce bonheur !
LE PAGE
Je crains que le duc...
LA PRINCESSE
Encore le duc ! qu'a-l-il à faire ici?... qu'a de commun ce vaillant capitaine avec ma secrète félicité?... Ne pouvait-il pas le laisser ou le renvoyer? qui dans le monde n'en eût pas agi ainsi? Ah! vraiment, ton prince connaît aussi mal l'amour que le cœur des femmes. 11 ne sait pas ce que sont le« minutes. Silence, silence; on vicnL Sors, c'est le prince, (te Page sort.) Va, sors ; où est mon luth? il faut qu'il me surprenne. Mou chant doit être le signal.
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