‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 498 sur 637 · LA REINE, LA PRINCESSE D'ÉBOLL · texte numérisé non relu

LA REINE, LA PRINCESSE D'ÉBOLL

ÉBOU, respirant à peine, pâle et défaite, tombe aux pieds de la Reine.

Madame!... au secours'... Il est arrêté.

LA REINE

Qui?

iBOLI.

Le marquis de Posa l'a arrêté par ordre du

roi.

LA REINE

Mais qui? qui?

JÉBOLI.

Le prince.

As-tu perdu la raison ?

ÉBOLI

Ils /emmènent à l'instant même.

LA REINE

Et qui l'a fait arrêter?

ÉBOLI

Le marquis de Posa.

LA REINE

Ah ! Dieu soit loué que ce soit le marquis qui l'ait faii arrêter !

ÉBOLI

Avec quel calme vous dites cela, madame; avec quelle froideur l Oraon Dieu! vousnesoupçonnez pas... vous ne savez pas...

LA REINE

Pourquoi il a été arrêté. Quelque fausse démarche, je suppose, très-naturelle avec le caractère bouillant de ce jeune homme.

^BOLI.

Non, non... je suis mieux informée... non, madame... une action infâme, infernale! 11 n'y a plus de salut pour lui; il mourra.

LA REINE

11 mourra!

ÉBOLl.

Et je suis son assassin !

LA REINE

Il mourra ! Insensée, y penses-tu?

^ ÉBOLI

Et pourquoi, pourquoi meurt-il ? Oh ! si j'avais pu savoir que les choses en viendraient là l

LA REINE lui prend la main avec bonté. Princesse, vous êtes encore hors de vous; recueillez d'abord vos esprits, ne jetez pas dans mon âme ces affreuses images, expliquez-vous avec plus de calme : qu'avez-vous su ? qu'est-il arrivé ?

ÉBOLI

Ah! madame, n'ayez pas pour moi cet abandon, cette bonté! ce sont pour moi les flammes de l'enfer qui s'emparent de ma conscience; je ne suis pas digne de porter mes regards profanes jusqu'à votre gloire; foulez aux pieds une misérable qui se prosterne devant vous, accablée de repentir, de honte et de mépris pour elle-même.

LA REINE

Malheureuse, qu'avez-vous à m'avouer?

ÉBOLI

Ange de lumière! âme sainte! vous ne connaissez pas, vous ne soupçonnez pas à quelle créature infernale votre bonté a daigné sourire I apprenez aujourd'hui à la connaître... c'est moi... moi qui ai commis ce larcin.

LA REINE

Vous?

ÉBOLI

Et qui ai livré les lettres au roi.

LA REINE

Vous?

ÉBOLI

Qui ai eu l'impudence de vous accuser.

LA REINE

Vous, vous avez pu...

ÉBOLI

La vengeance... l'amour... la rage. Je vous haïssais, et j'aimais l'infant.

LA REINE

Et parce que vous l'aimiez...

ÉBOLI

Je le lui ai avoué, et je n'avais pas été payée de retour.

LA REINE, après un moment de silence.

Ah! maintenant je m'explique tout... Levezvous... vous l'aimiez... jevous ai déjà pardonné... tout est oublié... Levez-vous.

Elle lui tend la main.

ÉBOLI

Non, non ; il me reste encore un aveu terrible à faire... non, pas auparavant.

LA REINE, avec attention.

Que puis-je avoir à apprendre encore? parlez.

ÉBOLI

Le roi... séduite... Ah! vous détournez vos regards... j'y lis ma réprobation... lecrime dont je vous accusais... je l'ai commis moi-même.

Elle presse contre terre son visage enflammé ; la Reine sort. La duchesse d'Olivarès sort après quelques minutes du cabinet où est rentrée la Reine, et trouve la Princesse encore dans la même attitude ; elle s'approche en silence ; au bruit de ses pas, la Princesse lève la tête, et ne voyant plus la Reine, entre dans un complet délire.

THÉÂTRE DE SCHILLER

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