‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 507 sur 637 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

CARLOS et LE MARQUIS DK POSA.

CARLOS, après que le Duc est sorti, s'adresse au Marquis avec curiosité et surprise.

Qu'est ceci î éclaircis-moi. Tu n'es donc pas ministre?

LE MARQUIS

Je l'ai été, comme tu vois. ( S'approchant de lui avec une grande émotion. ) 0 Charles ! tout est consommé, tout est achevé, tout a réussi; maintenant c'en est fait. Loué soit le Tout-Puissant qui nous a donné le succès !

CARLOS

Le succès? quoi? je ne comprends pas ce discours.

LE MARQUIS , lui prenant la main.

Tu es sauvé, Charles 1 sois libre, et moi...

Il s'arrête.

CARLOS

Et toi?

Et moi je te presse sur mon sein. Pour la première fois j'en ai le droit, entièrement le droit; je l'ai acheté au prix de tout, de tout ce qui m'est le plus cher. 0 Charles ! combien ce moment est grand, est doux! je suis content de moi.

CARLOS

Quel soudain changement dans tes traits! jamais je ne t'ai vu tel. Ton œil est resplendissant, et ta poitrine s'élève avec fierté.

LE MARQUIS

Nous devons nous dire adieu, ne t'elTraie point; sois homme. Quoi que tu doives entendre, promets-moi , Charles , de ne pas me rendre cette séparation plus cruelle par l'abandon d'une douleur indigne d'une grande âme; lu me perds, Charles... pour beaucoup d'années;... les insensés disent pour toujours. {Carlos retire sa main, te regarde ixement, et ne répond rien.) Sois homme. J'ai beaucoup compté sur toi , je n'ai point évité de passer avec toi ces heures douloureuses qu'un appelle avec terreur les dernières... Oui, je dois te l'avouer, Charles, je m'en suis réjouis. Viens, jsseyons-nou8 , je me sens épuisé et abattu. {Il t'assied près de i.arlor, qui, toujours dans une mortelle stupeur, selaisse machinalement attirer vers lui) Où es-tu? tu ne me réponds rien; je dirai peu de paroles. Le jour après celui où nous neuf vîmes ponr la dernière fois à la Chartreuse,

DR SCHILLER

I le roi me fit appeler, la suite lu l'as sue, lout Madrid l'a suc. Ce que tu ne sais pas, c'est que ton secret lui avait déjà été vendu, que tes lettres, trouvées dans la cassette de la reine, témoignaient contre loi, que je l'appris de sa propre bouche, cl que je fus son confident. {Il s'arrête pour attendre une réponse de Carlos ; celui— ci persiste dans son silence.) Oui, Charles, des lèvres je trahis ma foi; moi-même je me mis à la tête du complot préparé pour ta ruine. Les faits parlaient déjà trop haut; il était trop tard pour te justifier. Me soumettre à sa vengeance, c'était tout ce qui me restait à faire... . et ainsi je fus ton ennemi pour le servir plus puissamment. Tu ne m'écoutes pas ?

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