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Et de quelle nature sont ses pensées? qui ne s'aperçoit pas que dans tout l'ensemble de la vie de Posa, comme nous en jugeons par nos yeux dans cette pièce, son imagination est remplie et traversée par les fantômes d'une grandeur romanesque; que les héros de Plutarque vivent dans son âme, et qu'entre deux moyens ce sera toujours le plus héroïque qui se présentera à lui le premier et avec le plus de faveur? Son premier entretien avec le roi ne nous a-t-il pas montré combien cet homme était en disposition de tout hasarder pour ce qui lui paraissait beau et bon? N'est-il pas encore naturel que le mécontentement de lui-même qu'il éprouve en ce moment lui fasse rechercher d'abord parmi les moyens de salut celui qui doit lui coûter? qu'il se croie en quelque sorte obligé par la justice d'acheter à ses dépens le salut de son ami, puisque c'est son irréflexion qui l'a précipité dans ce danger? Considérez qu'il ne saurait se hâter trop de s'arracher à cet étal de soufl"rance, de retrouver la libre jouissance de lui-même et son empire sur ses propres sentimens. Un esprit de cette sorte, vous me l'avouerez, cherche son recours, non hors de soi, mais en soi; et si l'homme qui ne serait que sage songe d'abord à examiner sous toutes les faces la situation où il se trouve, jusqu'à cequ'en- [fin il ait pris son avantage; au contraire, il est |tout-à fait dans le caractère d'un héroïque enthousiaste de prendre le chemin le plus court, de
Econquér ir l'estime de lui-même par une action extraordinaire, par une exaltation instantanée de jjon âme Ainsi la résolution du marquis serait en juelque sorte explicable, même comme un paliatif héroïque par lequel il cherche à s'arracher Je ce sentiment momentané de stupeur et d'abattement; disposition si cruelle pour un esprit de
Btte sorte. Ajoutez encore à cela que déjà, de-
puis sa première enfance, déjà depuis le jour où Carlos se soumit volontairement à subir pour lui un douloureux châtiment, le désir de reconnaître cette action généreuse trouble son âme, le tourmente comme une dette non acquittée, et ne doit pas peu ajouter au poids des motifs que nous avons exposés. Que ce souvenir ait puissamment agi sur lui, c'est ce que prouve un passage où il le rappelle involontairement. Carlos le presse de fuir sans attendre les suites de son action téméraire : « Etais-je aussi scrupuleux, Carlos, lui ré- » pond-il, lorsque ton sang coula pour moi dans » notre enfance? » La reine, entraînée par sa douleur, lui reproche expressément d'avoir déjà depuis long-temps conçu cette résolution.
« Vous vous êtes précipité dans cette action » qui vous a paru sublime. Vous ne pouvez le » nier ; je vous connais; vous en aviez soif depuis » long-temps. »
Enfin je n'absoudrai point le marquis du reproche d'exaltation. L'exaltation et l'enthousiasme se touchent de si près, leur limite est si étroite, que, dans la chaleur d'une disposition passionnée, il est facile de la franchir, et le marquis n'a qu'un instant pour faire son choix. La situation d'esprit dans laquelle il se résout à cette démarche le contraint aussi à faire un pas irréparable vers son accomplissement; il ne lui est pas loisible d'examiner de nouveau sa détermination dans une autre disposition d'âme et avant de la mettre a exécution. Qui sait s'il n'en eût pas en ce cas pris une autre? 11 est, en effet, dans une autre disposition d'âme quand il se sépare de la reine en s'écriant : « Ah! la vie est belle, cepen- » dant! » Mais c'est trop tard qu'il fait cette découverte. Il s'enveloppe dans la grandeur de son action pour n'en éprouver aucun remords.
fm 1)E.S LETTRES SUR DON CARLOS.
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