‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 534 sur 637 · PLAN DES CHEVALIERS DE MALTE · texte numérisé non relu

PLAN DES CHEVALIERS DE MALTE

c'est ce que personne ne sait, excepté La Valette lui-même.

Les envoyés entrent accompagnes de beaucoup de chevaliers qui s'expliquent hautement sur leur malveillance pour le grand- maître, Saint-Priest est calme, maisCréqui s'abandonne aux transports les plus passionnés. Romégas et Byron l'encouragent. Montalte profite du moment pour soulever les chevaliers contre le grand-maître. Vainement le chœur les rappelle avec force à leur devoir. 11 se forme une ligue redoutable contre le grandmaître.

La Valette donneà l'ingénieur Castriotto l'ordre d'examiner la situation deSaint-Elme.

Le grand-maître a des soupçons sur Montalte et le fait surveiller de près. Il lui parle en particulier, et lui donne avec douceur de salutaires avis, mais sans résultat. Montalte nie tout avec impudence et obstination; il se Oe à son grade de commandeur.

Après qu'il s'est retiré, Saint-Priest paraît devant La Valette. Le jeune homme n'est point de la même opinion que les autres envoyés deSaint- Elme. Il ne désire pas être retiré du fort, et vient, avec franchise et avec une confiance filiale, découvrir au grand-maître la révolte des chevaliers. La Valette a de la peine à cacner son emoiion. ii parle encore à Saint-Priest comme grand-maître, et lui donne ses ordres. Enthousiasme du jeune homme pour son devoir et pour la personne du grand-maître.

Romégas, Biron, Créqui, et plusieurs de leurs partisans, arrivent. Ils commencent par faire les représentations les plus vives relativement à la garnison deSaint-EIme ; et, sur les refus du grandmaître, ils prennent tout-à-fait le ton de la révolte. Créqui surtout passe toute mesure. La Valette, lorsqu'on lui reproche d'amener par son obstination la ruine de l'Ordre, répond que l'Ordre est déjà détruit; qu'en ce moment il n'existe plus; que ce n'est point par la puissance des ennemis, mais par ses désordres intérieurs. Il s'éloigne avec dignité, et commande aux chevaliers d'attendre ses ordres.

Les chevaliers sont ébranlés par les derniers mots du grand-maître, et quelques-uns d'entre eux commencent à apercevoir leurs torts. Un chevalier apporte la nouvelle que, nonobstant la défense sous peine de mort que La Valette avait faite de recevoir des envoyés ennemis, un renégat s'est introduit, chargé d'une mission des généraux de l'armée turque. On a trouvé sur le renégat des lettres où de très-grandes promesses étaient faites à Montalte. Montalte a passé aux ennemis. Les chevaliers rappellent que c'est lui qui avait surtout excité le plus d'amertume contre le grandmaître.

Miranda, l'envoyé espagnol, après lui les plus jeunes des chevaliers, et enfin le chœur, entrent armés. Le grand-maître les suit avec Castriotto. L'ingénieur reçoit l'ordre, devant tous les assistons, de faire son rapport sur la situation de Saint-

Elme. Il soutient qu'il est encore possible pour quelque temps de défendre les ouvrages de Saint- Elme. Alors le grand-maître demande aux plus jeunes et aux plus vieux des chevaliers, au chœur et à Miranda, s'ils veulent, sous son commandement, entreprendre celte défense. Tous y sont prêts, et le grand-maître, maintenant, consent à la retraite de la garnison de Saint-Elme. Il congédie les chevaliers révoltés, et ordonne au seul Romégas de demeurer.

La Valette lui parle comme un mourant qui exprime ses dernières volontés. Il souhaite que Romégas, qui a précipité l'Ordre à sa ruine, soit en état de le sauver. 11 l'a choisi pour son successeur, et s'est assuré pour lui des voix les plus influentes. Romégas, élevé à la position d'un prince, qu'il saura remplir, reconnaîtra l'indignité de sa conduite précédente. Pénétré de honte par la grandeur d'âme d'un homme qu'il avait méconnu, il s'éloigne, dans l'intention de montrer par les faits qu'il était digne d'une telle confiance.

Saint-Priest paraît pour prendre congé du grand-maître. La Valette est extrêmement ému. Il lui révèle qu'il est son père, lui donne sa bénédiction, et lui dit qu'il va aller chercher la mort avec lui a Saint-Elme. Le chœur est présent.

Romégas revient avec les chevaliers révoltés et les envoyés de Saint-Elme. Tous se repentent de leur erreur, et chacun est prêt à se sacrifier dans Saint-Elme pour le salut de l'Ordre. Le chœur fait rougir encore plus les chevaliers de leur con* duite, il leur apprend que Saint-Priest est fils du grand-maître, et qu'il vient de le dévouer à la mort. La Valette se refuse d'abord à renoncer à sa première résolution, jusqu'à ce qu'enfin il soit convaincu qu'un changement complet s'est opéré dans l'âme des chevaliers. 11 consent à ce que les chevaliers de Saint-Elme continuent à occuper ce poste, et obéit au devoir et à la nécessité qui lui prescrivent de se conserver pour le salut de l'Ordre. Tous se pressent autour de lui et le conjurent de ne pas se séparer de son fils. Chacun est disposé à prendre la place de ce vertueux jeune homme. Saint-Priest résiste et demeure inflexible. Il est animé du plus sublime enthousiasme. La Valette ne veut non plus avoir égard à aucune considération personnelle. Saint- Priest prend congé du grand-maître et de Créqui.

Le chœur, resté seul, célèbre du ton le plus noble tout ce qu'il y a de plus grand, de plus élevé parmi les hommes, le devoir, la chevalerie, la religion.

Nouvelles de Saint-Elme. — On donne l'assaut au fort. Créqui s'est enfui à Saint-Elme pour mourir avec son ami. La Valette entre dans una extrême douleur, mais avec une mâle fermeté. Il a le sentiment profond du sacrifice qu'il a fait.

Saint-Elme est pris. Un Grec, du nom de Lasearis et de cette famille qui avait occupé le trône

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impérial de Byzance, s'est échappé au péril ûe sa vie de l'armée turque, où il occupait un poste éminent. Plein d'admiration pour l'Iiéroïsme des chevaliers, il vient à eux, et retrouve dans son cœur les premières impressions que la religion avait faites sur lui. 11 fait un récit détaillé des actions prodigieuses de la garnison de Saint- Elme, et des grandes pertes que les Turcs ont endurées; de leur stupéfaction lorsqu'ils ont vu Vétat de la forteresse et le petit nombre de ses défenseurs; du grand affaiblissement que les ennemis vont éprouver par la mort de leurs généïaux les plus considérables et les plus expérimentés, Drogut et Pripoli, qui ont péri dans ce riége. — Il n'y a plus rien à craindre de la trahi-

son de Montalte ; il a été atteint par Saint-Priesl pendant l'assaut, et son crime a trouvé sa récompense.

Le corps de Saint Priest a été rejeté par le! Dots. 11 est porté par les chevaliers, qui l'environnent dans une muette douleur. La Valette s'é lève encore au-dessus de lui-même. Il célèbre U destinée sublime de son glorieux fils. 11 voit sei enfans dans tous les chevaliers, et se fie à la forc< f'.e l'Ordre, qui maintenant est entière et sanij mélange. Ce grand sacrifice est un gage assun de la victoire, comme la mort de Léonidas fut h gage de la défaite des Perses. — L'événement t justifié cette conviction.

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