ACTE PREMIER
Lord Hereford , partisan de la maison d'York, a quitté l'Angleterre avec ses cinq fils, sur la nouvelle que Richard d'York, le second fils d'Edouard IV, qui passait pour avoir été assassiné dans son enfance, avait été retrouvé vivant à Bruxelles, et réclamait ses droits héréditaires. Le prétendant avait été reconnu par sa tante, la duchesse Marguerite de Bourgogne , par la France et le Portugal. La voix publique était en sa faveur. C'étaient des motifs suffisans pour déterminer lord Hereford à abandonner Henri VII, et à sacrifier sa situation à ses espérances. Il entre dans le palais de Marguerite, il y voit les portraits des princes de la maison d'York, et se réjouit de se trouver sur un sol où il peut librement faire paraître ses sentimens pour la cause d'York.
Lord Stanley, envoyé de Henri VII à la cour de Marguerite, entre, et rencontre là lord Hereford; il s'efforce en vain de lui ouvrir les yeux sur une supposition frauduleuse; tous deux s'expriment avec chaleur, et la dispute entre les deux Roses se renouvelle dans le palais de Marguerite.
L'évêque d'Ypres, conseil intime de la duchesse,
intre et les sépare. Il tante la piété de la duchesse
envers le parti opprimé et envers des parens dé-
lués d'appui ; il parle de manière à faire connaître
es sentimens de Marguerite.
Des bourgeois et des femmes de Bruxelles remdissent la salle, et attendent que la duchesse paaisse avec le prince d'York. Stanley s'indigne de eur aveuglement; mais ils entrent dans une telle
fureur d'entendre outrager ainsi leur prince adoré, qu'ils menacent Stanley de le mettre en pièces. — On entend des trompettes qui annoncent l'arrivée d'York.
Richard s'avance, délivre de leurs mains l'ambassadeur, harangue le peuple, et lui recommande le calme. Pendant qu'il parle, Marguerite entre accompagnée du prince de Gothland. de la princesse de Bretagne et de plusieurs grands de sa cour. — Hereford, à l'aspect de lUciiard, se sent convaincu, subjugué, entraîné; il se jette à ses pieds, et lui rend hommage comme au fils de son roi.— Marguerite prend la parole et parle do ses neveux avec la tendresse d'une parente et d'une mère : — elle demande aux princes de faire un accueil favorable à lord Hereford.— Richard l'embrasse ; il s'exprime à la fois avec sensibilité et avec une royale dignité. Hereford, encourjigé par cet accueil , le prie de raconter son histoire.
Richard s'en défend.
La duchesse se charge de la raconter, et excuse le refus de Richard.
Alors arrive ie récit de la fabuleuse histoire de Richard, qui fait une grande impres.sion sur les assistans, et qui est souvent interrompu par leurs exclamations.
Stanley proteste encore une fois contre tout cela, et se retire sans trouver plus de croyance. La noble déclaration de Richard efface l'impression des paroles de Stanley.
Hereford renouvelle ses assurances et promet à
THEATRE DE SCHILLER
Richard de nombreux partisans en Angleterre. lUchard se rappelle avec émotion sa première obscurité, et compare cette douce situation avec son état actuel : c'est pour lui un pénible devoir et non pas un bonheur d'avoir à défendre ses droits. II semble balancer encore une fois, et soumettre aux réflexions de la duchesse s'il doit entreprendre celle lutte sanglante et troubler la paix des deux états.
Elle l'encourage , lui dit combien il lui sera cruel aussi de se séparer de lui , et reporte ses pensées sur l'issue de cette guerre. — Vifs témoignages de sa tendresse.
Elle s'entretient du double soin dont son cœur 3sl préoccupé : la restauration de son neveu , et le mariage d'Adélaïde avec le prince de Gothiand, qui doit bientôt être célébré.
Le prince Eric de Gothiand demeure seul avec la princesse de Bretagne , et se raille de la comédie qui vient de se passer sous leurs yeux. Adélaïde, qui est encore toute émue, montre quelque chagrin de la froide incrédulité d'Éric ; il se moque d'elle et parle avec mépris du prince d'York. Elle prend vivement le parti de Warbeck, dont la véracité ne lui inspire pas un doute , et elle éta-
blit entre Eric et lui une comparaison injurieu( pour celui-ci. Sa tendresse pour le prétendu prin( d'York se trahit ; Éric fait ressortir tout ce qi manque à Warbeck, et en conclut qu'il ne pei pas être un prince. Par ses aigumens il laisi juger de l'idée qu'il se forme d'un prince; Adé laïde ne cache point le.dédain qu'elle a pour lu cl le rabaisse profondément en le comparant a prince d'York.
Éric a bien remarqué qu'Adélaïde est sensib pour Warbeck , mais sa maligne joie est pli grande que sa jalousie; il trouve une vive satii faction à penser qu'ils s'aiment sans nul cspoi et que la possession de la princesse lui est assi rée. La possession, dit-il, décidera tout; il éproi vera un doux plaisir à arracher à Warbeck, qu' déteste, celle qu'il aime.
Adélaïde, dans un monologue, parle de se amour, de sa compassion pour Warbeck, et de chagrins que lui cause sa propre situation à : cour de Marguerite. Elle trouve quelque ressen; blance entre son sort et celui de Richard : loi deux ne vivent que par la grâce d'une parcnl altière et impérieuse : tous deux sont d'impuisi santés victimes de la puissance.
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