SCÈNE IL
Une hauteur environnée d'arbres. Une perspective vaste' et riante s'étend au loin ; une belle rivière traverse la contrée , dont l'aspect est animé par des blés encore verts. On voit briller çà et là les clochers de quelques villes. Derrière le théâtre , on entend un bruit de tambours et de trompettes.
ODOWALSKY et quelques OFFICIERS s'avancent , et peu après DÉMÉTRIUS.
ODOWALSKY.
Que l'armée s'arrête là-bas dans la forêt, pendant que nous allons examiner la vue qui s'offre de cette hauteur.
Quelques officiers s'en vont, Démétrius arrive.
DÉMÉTRIUS, reculant de surprise Ah ! quel aspect!
ODOWALSKY.
Seigneur, tu vois ton empire se déployer devant toi... Voici le territoire de la Russie.
RAZIN.
Ces poteaux portent déjà l'écusson de Moscovie: ici finit la domination polonaise.
DÉMÉTRIUS
Est-ce le Borysthène dont le cours tranquille coule devant nos yeux?
ODOWALSKY.
C'est la Desna. Là s'élèvent les tours de Tschernikow.
RAZIN.
Ces coupoles qui brillent à l'horizon, c'est la petite Novogorod.
\ DÉMÉTRIUS
Quelle riante perspective! quel aspect magnifique !
ODOWALSKY.
Le printemps étale toutes ses parures. Ces vastes champs de blé annoncent un sol fertile.
DÉMÉTRIUS
L'œil se perd dans cette vue immense.
RAZm.
Ce n'est encore qu'une bien petite partie du grand empire de Russie. H s'étend, seigneur, bien loin par-delà les regards, vers l'orient, et ne connaît point d'autre limite vers le nord que les forces vivifiantes de la nature
ODOWALSKY.
Voyez comme notre czar est devenu pensif.
DÉMÉTRIUS
La paix règne encore sur cette belle contrée, et moi, traînant le terrible appareil de la guerre, je vais la ravager eu ennemi.
ODOWALSKY.
Il faut écarter de telles pensées, seigneur.
DEMÉTRIUS
DEMÉTRIUS.
Tu penses comme un Polonais; mais moi, je suis fils de la Moscovie. Voilà le pays qui m'a donné la vie. Pardonne, sol chéri, terre sacrée ! et vous, saintes limites que je touche, vous sur qui mon père a gravé ses aighs, pardonnez à votre fils de venir avec les armées ennemies de l'étranger renverser le paisible sanctuaire de votre repos! Je viens ici redemander mon héritage et le noble nom de mes pères qu'on m'a ravis. Ici régnèrent lesVarangiens, mes aïeux: leur longue succession embrasse trente âges d'hommes ; je suis le dernier de leur race, arraché à la mort par la divine Providence
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