TOUT LE CHOEUR
Quand je te rencontrerai aux champs, alors i combat sanglant pourra se renouveler, alors i courage se prouvera par le fer.
PREMIER CHOEUR
Je ne te hais point ; tu n'es point mon ennemi : une même ville nous a vus naître, et cette race n'est -elle pas étrangère? Mais lorsque les princes se combattent, leurs serviteurs doivent douner la
La fiancée de messinfî
tnort el la recevoir; cela est dans l'ordre, cela est juste.
SECOND CHOEUR
Ils savent pourquoi ils se combattent et se haïssent à la mort; cela ne doit pas m'importer. Nous combattons pour leurs querelles. Celui-là n'a point de vaillance, celui-là n'a point d'honneur, qui laisse rabaisser son chef.
TOUT I.E CUOEUIl.
Nous combattons pour leurs querelles. Celui-là est sans vaillance, celui-là est sans honneur, qui laisse rabaisser son chef.
U.N HOMME DU CHOEUU.
Écoutez ce que je pensais en moi-même, lorsque je descendais paisiblement ces chemins, à travers les moissons ondoyantes, livré à mes réflexions : dans la fureur du combat, nous n'avons rien prévu, rien examiné; alors la chaleur de notre sang nous emportait.
Ces moissons ne sont-elles pas à nous? Ces vignes entrelacées dans les ormeaux, n'est-ce pas notre soleil qui les mûrit? Ne pourrions-nous pas, dans une douce jouissance, Bler des jours innoceiis et joyeux, et mener gaiement une vie facile? Pourquoi , d'un esprit furieux , tirons-nous le glaive pour celte race étrangère? Elle n'a aucun droit à ce sol. Elle arriva, sur ses vaisseaux, des bords dorés du couchant : nos pères, il y a bien des années, la reçurent avec hospitalité; et maintenant nous nous voyons soumis comme des esclaves à cette race étrangère.
{j.\ SECOND nOMME DU CHOEUR.
Cela est bien dit; nous habitons une heureuse terre que le soleil, dans sa course céleste, éclaire toujours de rayons bienfaisans, et nous pourrions en jouir avec allégresse; mais elle ne peut être ni préservée ni fermée. Les flots de la mer qui l'environne nous livrent aux hardis corsaires qui croisent audacieusement sur nos côtes : l'abondance que nous devrions conserver pour nous ne fait qu'attirer le glaive de l'étranger. Nous sommes esclaves dans notre propre demeure, et cette terre ne peut protéger ses enfans. Les dominateurs de la terre ne naissent point sur le sol que favorise Cérès, que Pan chérit, divinité pacifique et tutélaire ; ce sont les contrées où le fer croît dans les flancs des montagnes qui leur donnent naissance.
PREMIER CHOEUR
fis biens de cette vie se partagent inégalement la race passagère des humains ; mais la naelle est toujours juste ; à nous, elle accorde une fécondité surabondante qu'elle crée et renouvelle sans cesse; à d'autres, il a été donné une volonté puissante et une force irrésistible : armés d'une énergie terrible, ils obtiennent tou^ ce que leur cœur désire, ils remplissent la terri d'un bruit redoutable; mais derrière ces hauteurs qu'ils ont gravies est un précipice profond, une chute retentissante.
Ainsi je veux rester dans mon humilité, me cailler dans ma faiblesse. Ce torrent impétueux
' créé par l'orage, que grossissent les grains serrés
! de la grêle et les cataractes des nuages, dont les flots sombres et bruyans sont déchaînés, qui en-
I traîne les ponts, qui entraîne les digues avec le fracas du tonnerre, rien ne le peut arrêter ni re-
; tarder ; cependant son existence est d'un moment; la redoutable trace de son cours va bientôt se perdre et s'effacer dans le sable; et il n'en reste rien que ses ravages. Les conquérans étrangers viennent, puis s'en vont; nous obéissons, mais nous demeurons.
La porte du fond s'ouvre. Dona Isabelle paraît entre ses fils don Manuel et don César.