‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 567 sur 637 · ISABELLE, DON MANUEL, DIEGO · texte numérisé non relu

ISABELLE, DON MANUEL, DIEGO

Don Manuel, se réveillant d'une distraction profonde , se tourne d'un air inquiet vers Diego.

Quand a-t-elle disparu? Réponds.

DIEGO

Depuis ce malin de bonne heure on ne l'a plus revue.

DON MANUEL , à dona Isabelle.

Et ta fille s'appelle Béatrix?

ISABELLE

Tel est son nom ! hâte-toi,. plus de discours.

Je veux savoir encore une seule chose, ma mère

ISABELLE

Occupe-toi d'agir. Suis l'exemple de ton frère.

Dans quelle contrée?... je t'en conjure.-.

ISABELLE lui fait signe de partir.

Vois mes larmes, mes angoisses mortelles.

Dans quelle contrée l'avais-tu cachée?

ISABELLE

Ah t que n'élait-elle cachée au centre de la terre !

DIEGO

Une crainte subite me trouble et me saisit.

LA FIANCÉE DE MESSINE

Une crainte, et laquelle? Dis ce que lu sais.

Si j'avais été la cause innocente de cet enlèvement !

ISABELLE

Malheureux , explique ce qui est arrivé.

DIEGO

Je te l'avais caché , princesse, pour épargner quelques soucis à ton cœur maternel. Le jour où le prince fut enseveli, tout le peuple avide de nouveauté se pressait à cette triste cérémonie. La nouvelle en avait pénétré jusque dans les murs du couvent; ta fille me conjura, avec de continuelles instances, de lui laisser voir l'aspect de cette solennité. Et moi, malheureux, je me laissai toucher. Cachée dans un triste vêtement de deuil, elle fut témoin de la cérémonie; et je crains aujourd'hui qu'au milieu de la foule du peuple qui se pressait de tous côtés, elle n'ait été exposée aux regards de celui qui l'aura enlevée ; car aucun déguisement ne peut cacher l'éclat de sa beauté. DON MANUEL , à part et rassuré.

Heureuses paroles qui rassurent mon cœur! ce ne peut être elle. Ces informations ne s'y rapportent point.

ISABELLE

Vieillard insensé! ainsi tu m'as trahie.

DIEGO

Princesse, je croyais bien faire. 11 me semblait ^reconnaître dans ce désir la voix de la nature, [la force du sang. Je pensai que c'était l'œuvre [du ciel qui, par une secrète et pieuse impulsion, ^conduisait la fille sur le tombeau de son père, ï'ai voulu céder au droit qu'elle avait de remplir Fce pieux devoir. Ainsi, à bonne intention, j'ai été [entraîné à une faute.

DON MANUEL , Ù part.

Pourquoi demeurer ici dans les souffrances du f doute et de la crainte? Je vais sur-le-champ troui.ver la lumière et la certitude.

Il veut sortir.

DON ciÊSAR , revenant.

Arrête, don Manuel, je vais te suivre.

Ne me suis pas, reste. Que personne ne me suive- Il sort.

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