‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 566 sur 637 · BÉATRIX HT LE CHOEUR · texte numérisé non relu

BÉATRIX HT LE CHOEUR

LE CHOEUR

Salut , aimable souveraine. Tu obtiens le triomphe, tu oblien» la couronne; tu perpétue-

ras cette noble race. Je te salue , mère des héros de l'avenir.

Trois fois salut : sous d'heureux auspices, toi heureuse, tu entres dans une heureuse maison que les dieux favorisent, qu'illustre une couronne glorieuse, et où le sceptre d'or, par une succession non interrompue, passe des aïeux à leurs fils.

Ton aimable venue va réjouir les ancêtres révérés, Gers et austères pénates de celte maison. A ta rencontre viendront , pour te recevoir , l.i déesse de la jeunesse couronnée de fleurs éternelles, et la brillante victoire, cette divinité ailée que le tout-puissant Jupiter soutient dans sa main, et qui déploie son vol au-dessus des triomphateurs. La couronne de la beauté n'est jamais sortie de cette famille : chaque princesse a transmis à celle qui lui succédait et la ceinture des Grâces et le voile de la modestie. Le sort favorise mes regards ; je vois la plus belle des fiancées, quand la mère brille encore de tout l'éclat de la beauté.

BÉATRIX , se réveillant de la terreur où elle était plongée.

Malheureuse ! en quelles mairts le mauvais destin m'a livrée! 11 n'en est pas dans toute la terre qui ne fussent moins à craindre. Je comprends maintenant quel frémissement , quelle mystérieuse horreur me rendait toujours tremblante, lorsqu'on me prononçait le nom de cette race terrible qui se hait elle-même , qui s'acharne avec fureur à déchirer son propre sein. Souvent je me suis sentie saisie d'épouvante lorsqu'on me parlait des deux frères et de leur monstrueuse haine. Et maintenant un sort épouvantable me précipite, moi, malheureuse, moi sans appui^ dans le gouffre de cette haine, de cette fatalité!

Elle s'enfuit dans le pavillon du jardin.

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LE CHOEUR, seul.

Je porte envie aux heureux enfans des dieux , aux maîtres fortunés du pouvoir; toujours ce qui est le plus précieux est leur partage, tout ce que les mortels estiment le plus grand et le plus beau, ils en cueillent la Heur.

Le pêcheur s'est plongé dans les eaux pour recueillir des perles; ils choisiront pour eux la plus transparente. La récolte a été obtenue par le travail commun, la meilleure part en sera réservée au seigneur : que les vassaux s'accommodent de leurs portions comme ils pourront, la plus belle lui est assurée.

Mais son privilège le plus précieux , je lui abandonne ses autres avantages ; celui que j'envie par-dessus tous, c'est de pouvoir choisir parmi les fleurs de la beauté. Ce qui charme les yeux de tous, il le possède pour lui seul.

Le corsaire s'élance avec le glaive sur le rivage,

LA FIANCÉE DE MESSINE

et dans sa nocturne expédition il emmené mainte esclave; il assouvit ses barbares désirs; mais il n'osera pas loucher à la plus belle; elle est pour le roi.

Cependant il me faut veiller sur les portes de

cette sauite demeure, pour qu'aucun profane n'ose pénétrer dans cette retraite. Méritons les éloges de notre prince, qui a confié à notre garde tout ce qu'il possède de plus précieux.

Le chœur s'éloigne vers le fond du théâtre.

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La scène change, et représente une salle dans l'intérieur du palais.

Entrent DONA ISABELLE, DON MANUEL el DON CÉSAR.

ISABELLE

Il brille enfin pour moi, ce jour tant souhaité, si long-temps attendu ! Je vois mes fils unis par le cœur : avec quel bonheur je les vois se presser mutuellement la main ! Pour la première fois votre heureuse mère peut vous ouvrir son cœur dans cette réunion intime. Cette foule grossière de témoins importuns , qui se plaçait toujours entre nous, prête à combattre, s'est éloignée; le bruit des armes ne retentit plus à mon oreille. Telle qu'une troupe de nocturnes oiseaux, habitans d'une maison en ruines, qui depuis longues années était devenue leur domicile , s'envolent comme un noir essaim , éblouis par la clarté du

? jour , lorsque l'ancien possesseur , long-temps exilé , fait entendre le bruit joyeux de son rc-

stour, et vient construire un nouvel édifice; telle s'enfuit l'ancienne haine avec son ténébreux cortège : le soupçon caverneux, l'envie au regard louche, la pâle jalousie, quittent nos portes pour se rendre en murmurant aux portes de l'enfer, tandis que la paix nous revient avec la confiante amitié et la douce concorde. (Elle s'arrête wn moment. ) Mais ce n'est pas assez que ce jour vous ait rendu à chacun un frère, il devait aussi vous donner une sœur. — Vous êtes étonnés; vous me regardez avec surprise? Oui, mes fils, le temps est venu de rompre le silence et de lever le voile qui couvrait un secret long-temps caché. 3'avais aussi donné une fille à votre père. Votre jeune sœur vit encore : vous l'embrasserez aujourd'hui.

DON C]ésAR.

Que dis-tu, ma mère, nous avons une sœur? Et jamais nous n'avions entendu parler de cette sœur.

Nous avons bien entendu dire, dans notre première enfance , quune sœur nous était née ; mais elle était , disait-on , morte encore au berceau.

ISABELLE

On se trompait; elle vit.

Elle vit, et tu nous l'avais caché?

Je vous dirai les motifs de mon silence . — Sachez quels soins ont été pris autrefois, et quels heureux fruits en sont recueillis aujourd'hui.

Vous étiez encore jeunes enfans; cette déplorable antipathie , puisse-t-elle être finie pour toujours! vous divisait déjà, et plongeait dans la tristesse le cœur de vos parens. A cette époque votre père eut un jour un songe surprenant; il lui sembla voir sortir de son antique couche deux lauriers qui entrelaçaient leur feuillage épais; entre eux croissait un lis : cette fleur devint une flamme qui dévora l'épais feuillage des deux arbres, et qui, s'élançant en tourbillon vers la voûte , embrasa prompteraent et consuma avec furie le palais tout entier. Effrayé de cette vision étonnante , votre père consulta un astrologue d'Arabie, qui était son oracle, et en qui il mettait plus de confiance que je n'aurais voulu. L'Arabe déclara que si mon sein venait à porter une fille, elle donnerait la mort à lui et à ses deux fils, et que toute sa race périrait par elle ; et je devins mère d'une fille. Votre père donna l'ordre cruel de précipiter dans la mer l'enfant nouveau-né : j'éludai cet arrêt sanglant, et par les soins discrets d'un fidèle serviteur je conservai ma fille.

Qu'il soit béni pour l'avoir prêté son assistance ! Ah ! jamais la prudence n'a manqué à l'amour d'une mère !

ISABELLE

La voix puissante de l'amour maternel ne m'engagea pas seule à épargner ma fille. J'avais eu aussi un songe merveilleux et prophétique pendant que mon sein portait cet enfant ; je vis un enfant beau comme l'amour, qui jouait sur le gazon; un lion sortit de la forêt, portant dans sa gueule sanglante une proie qu'il venait de saisir, et d'un air caressant il vint la déposer au giron de l'enfant. Un aigle, planant dans les airs, tenait dans ses serres un chevreau tremblant, et d'un air caressant il vint le déposer au giron de l'enfant; et tous deux, l'aigle et lion , doux et soumis , se prosternèrent aux pieds de ce jeune enfant. Le sens de ce songe me fut expliqué par un moine, un homme aimé de Dieu, auprès duquel mon cœur trouva toujours conseil et consolation dans toutes les peines d'ici-bas. Il me dit que je mettrais au jour une fille qui changerait la haine terrible de mes fils en un amour plus vif encore. Je recueillis cette parole dans mon âme, me confiant plus au Dieu de vérité qu'à la voix du mensonge. Je sauvai cet enfant de la divine promesse , cette fille de la bénédiction , ce gage

THÉÂTRE DE SCHILLER

de mes espérances, qui devait être l'inslrument do la paix , si votre iiaine se ',)erpétuait et s'accroissait.

DON MANUEL, embrassant so < frère.

Il n'est plus besoin de ma sœur pour former entre nous un lien d'aiïection , mais elle en serrera les nœuds.

ISABELLE

Elle fut placée dans une retraite cachée, et loin de mes yeux , élevée mystérieusement par une main étrangère; je me refusai la vue même de ses traits chéris ; je me privai de ce plaisir si ardemment souhaité, tant je redoutais la sévérité de votre père. Une inquiète méfiance troublait son repos; il était rongé de sombres soupçons, et plaçait des surveillans sur tous mes pas.

DON CÉSAU.

Déjà depuis trois mois mon père repose dans le tombeau. Qui a pu t'cmpêcher, ô ma mère, de faire paraître au jour celle qui est depuis si longtemps cachée , et de donner cette joie à nos cœurs?

ISABELLE

Et quel autre motif que vos déplorables discordes, dont rien ne pouvait éteindre la rage et qui, s'enflammant sur la tombe de votre père à peine expiré , ne donnait nulle espérance de réconciliation? Pouvais-je placer votre sœur entre vos barbares glaives ? Pouviez-vous, au milieu de ces orages , entendre la voix de votre mère ? Et devais-je la risquer avant le temps au milieu de votre furie, elle, ce gage d'une paix chérie, elle, la dernière ancre de ma sainte espérance? 11 fallait d'abord obtenir que les frères pussent se voir avant de placer entre eux leur sœur comme un ange de paix. Maintenant cela est possible, et je vais vous la présenter. J'ai envoyé un vieux serviteur et j'attends son retour à chaque instant. L'enlevant à son paisible asile, il va la conduire sur le cœur d'une mère et dans les bras de ses frères.

nON MANUEL.

Elle ne sera pas la seule qui aujourd'hui sera pressée dans tes brns maternels. La joie entre de toutes parts dans ce palais, naguère abandonné; il va devenir le séjour charmant des grâces. Maintenant, ma mère, apprends aussi mon secret. Tu me donnes une s<i'ur, je vais t'offrir une seconde, une aimable fille. Oui, ma mère, bénis ton fils. Mon cœur a trouvé, a choisi celle qui doit être la compagne de ma vie. Avant que le soleil ait quitté l'horizon, je conduirai à tes pieds l'épouse de don Manuel.

Je presserai avec joie sur mon sein celle qui doit rendre heureux mon premier-né; que les plaisirs naissent sur vos traces ; que votre vie soit I arée de toutes les (leurs. Le bonheur de mon (ils sera le mien et me rendra la plus glorieuse des mères.

DON céSAR.

Ne répands point, ô ma mère, toutes tes bénédictions sur ton premier-né ; si tu bénis ainsi l'amour, je t'amènerai aussi une fille digne d'une telle mère; elle seule m'a appris ce que c'était que l'amour. Avant que le jour soit fini, don César te présentera son épouse.

Toute-puissance de l'amour! c'est à bon droit qu'on te nomme la divinité souveraine des âmes. Les élémens sont soumis à ton pouvoir, et tu sais réunir ce qui est le plus opposé, le plus contraire ; rien de ce qui vit ne méconnaît ton empire; lu as pu vaincre le cœur indompté de mon frère, qui jusque là s'était montré intraitable. {Tl embrasse don César.) Maintenant je crois à ton cœur et je te presse avec espérance dans mes bras fraternels. Je ne puis douter de toi , puisque tu sais aimer.

ISABELLE

Que ce jour soit trois fois béni ! Il a enfin délivré de tous mes chagrins mon cœur oppressé. Je vois ma race assise sur de fermes fondemcns , et mes yeux peuvent pénétrer avec calme dans le lointain avenir. Hier, encore couverte de ce voile des veuves, délaissée, sans cnfans, je me voyais seule dans ces salles désertes ; et aujourd'hui trois filles brillantes de la (leur de la jeunesse viendront s'asseoir à mes côtés. Ne suis je pas la plus grande et la ])lus heureuse de toutes les femmes qui ont enfanté? Cependant quel prince voisin de nos frontières nous accorde ses royales filles ? On ne m'a parlé d'aucune ; et je ne puis penser que mes fils aient pu faire un indigne choix.

Pour aujourd'hui seulement, ma mère, ne me demande pas de lever le voile qui couvre mon bonheur. Le jour s'approche qui doit tout révéler. Ma fiancée peut se présenter avec avantage; sois assurée que tu la trouveras digne de toi.

ISABELLE

Je retrouve dans l'aîné de mes fils le caractère et l'esprit de son père. Il aimait de même à se renfermer en lui-même , à former et à assurer ses desseins par une résolution ferme et inébranlable. Je l'accorde volontiers, ce court délai; mais je suis certaine que mon fil^ don César va me nommer sa royale fiancée.

Mon caractère n'a rien de mystérieux ; je n'aime point, ma mère, à me cacher; on peut lire mes sentimens sur mon front en toute franchise et liberté. Cependant ce que tu veux savoir, ce que tu demandes, eh bien, ma mère, je dois l'avouer franchement , moi-même je ne l'ai pas encore demandé. Demande-t-on d'où ils viennent aux rayons enflammés du soleil ? En éclairant le monde ils se déclarent assei. Leur lumière témoigne qu'ils procèdent de la lumière. C'est avec celte évidence que ma fiancée s'est présentée à mes yeux. Je la connais jusqu'au fonrf

La fiancée de messtnfI

de l'âme. Le cristal s'est révélé par l'éclat de sa transparence; et cependant je ne puis t'appreiidre son nom.

ISABELLE

l.h quoi ! don César, explique-toi. Tu auras pris pour la voix de Dieu le premier sentiment dont tu auras senti la force. J'attendais de toi la violence d'un jeune homme, mais non pas l'aveuglement d'un enfant. Dis-moi ce qui a déterminé ton choix.

Mon choix, ma mère ? Lorsque la puissance du destin vous entraîne à l'heure marquée, est-ce un choix? Je ne cherchais point une épouse, certes , une si frivole pensée ne pouvait me venir dans le séjour de la mort , et c'est là où j'ai trouvé ce que je ne cherchais point. Jusque alors le peuple léger des femmes m'avait été indifférent et n'avait point agi sur mon esprit; je n'en avais pas vu une qui te ressemblât , à toi, ma m.èrc, que j'honore comme l'image de Dieu sur la terre. C'était à la triste solennité des funérailles de mon père, nous étions cachés dans la foule du peuple. Tu te souviens que ta prudence nous avait ordonné d'y paraître sous un déguisement inconnu, de peur que la violence de notre haine ne troublât avec fracas la dignité de cette pompe funèbre. Le vaisseau de l'église était tendu de noir; vingt statues, placées près de l'autel, portaient des torches à la main , au-devant du cercueil que recouvrait la croix blanche du drap mortuaire ; sur ce cercueil on voyait le bâton du commandement, la couronne royale, les éperons dorés des chevaliers, et le glaive dont la poignée était ornée de diamans. Tout le peuple était à genoux dans un pieux recueillement ; l'orgue invisible dans la haute tribune se lit entendre, et le chœur aux cent voix commença ses chants. Le chœur continuait encore ses hymnes; et le cercueil s'enfonça lentement sous le sol de l'église, descendant ^crs les demeures souterraines, dont l'ouverture était dérobée aux regards par le vaste drap mortuaire. Les terrestres ornemens furent laissés sur la terre, ne devant point accompagner celui qui se rendait à son dernier séjour. Cependant, portée avec les chants pieux sur les ailes des séraphins, l'âme délivrée s'en\olait vers le ciel pour s'y reposer au sein de la grâce divine. Je rappelle tout cela à ton souvenir, ma mère, et je le décris avec détail pour que tu reconnaisses si dans ce moment une mondaine pensée pouvait être dans mon cœur; et c'est cette heure triste et soleiuiclle que choisit l'arbitre de ma vie pour me pénétrer d'un rayon de l'amour. Comment cela put arriver, je me le demande en vain à moi-même.

ISABELLE

Achève cependant; je veux tout savoir.

DON CÉSAK.

D'où elle vint et comment elle se trouva près de moi , ne me le demandez pas. Lorsque mes yeux se détournèrent, elle était à côté de rnoi ; à son approche je fus saisi d'une impression confuse,

mais puissante et merveilleuse. Ce n'était pas la douceur enchanteresse de son sourire; ce n'était point l'éclat de son teint; ce n'était point la grâce de sa taille divine; c'était quelque chose d'intime et de profond qui s'emparait de moi avec une force céleste ; la puissance de ce charme m'entraînait sans que je pusse la démêler; nos âme; se connaissaient sans qu'une parole eût été prononcée, se touchaient sans s'être communiquées seulement pour avoir respiré l'airqu'elle respirait. Elle m'était étrangère, et cependant j'étais assuré intérieurement qu'elle était à moi, et j'entendais distinctement en mon âme : C'est elle, ou nulle autre sur la terre.

DON MANUEL, l'interrompant avec vivacité.

Ce sont bien les traits puissans et divins de l'amour, tels qu'ils viennent atteindre, frapper et charmer le cœur; lorsqu'on a rencontré la compagne de sa vie , alors il n'y a pas à résister ni à choisir; l'homme ne peut délier ce que k ciel a lié. Je suis conforme à mon frère; c'est ma propre histoire qu'il a racontée, et je l'en remercie; il a, d'une main heureuse, levé le voile qui couvrait un sentiment éprouvé confusément par moi.

ISABELLE

Je le vois, la destinée conduit mes enfans par des voies particulières et inconnues. Un torrent impétueux s'est précipité de la montagne, s'est creusé lui-même son lîl et s'est tracé son cours, sans s'inquiéter de la route régulière que la prudence lui avait ouverte d'avance. Je me soumets; que pourrais-je y changer ? La main puissante et souveraine de Dieu a tissu le destin de ma maison. Je mets mon espérance au cœur de mes fils. Ils sont nés noblement et leurs pensées sont nobles.

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ISABELLE, DON MANUEL, DON CÉSAll; DIEGO se montre à la porte.

ISABELLE

Que vois-je ! mon digne serviteur est de retour ! Approche, approche, fidèle Diego! ouest mon enfant? Ils savent tout! il n'y a plus de mystère. Où est-elle? parle, ne diffère pas; nos cœurs sont préparés à soutenir tant de joie. Viens. ( Elle va à sa rencontre vers la porte. ) Qu'est-ce? comment! tu hésites? tu gardes le silence? ton regard n'annonce rien d'heureux! Que t'est-il arrivé ? Parle ! un frisson me saisit. Où est-elle? où est Béatrix?

Elle veut sortir.

DON MANUEL, à part , et avec surprise.

DiiÉGO , la retenant.

Demeure.

ISABELLE

Où est-elle? cette anxiété me tue.

^ÊÊ^:

THÉATIIE DE SCHILLER

DIEGO

Elle ne me suit pas. Je ne te ramené pas ta fille.

ISABELLE

Qu'est-il arrivé? Au nom de Dieu, parle.

Où est ma sœur, malheureux? parle I

DIEGO

Elle est enlevée, emmenée par des corsaires. Ah ! pourquoi mes yeux ont-ils vu ce jour?

Du courage, ma mère !

Ma mère, du courage, contiens-toi jusqu'à ce que tu aies tout appris.

J'ai parcouru promptement, comme tu l'avais ordonné, le chemin qui conduit au couvent, que j'avais suivi tant de fois et que j'espérais suivre pour la dernière. La joie me donnait des ailes.

Au fait ! -

Parle !

DIEGO

J'arrive dans cette cour du couvent, sans nulle défiance; je demande la fille. Je vois l'expression de l'effroi dans tous les" regards, et j'apprends avec désespoir ce malheur affreux.

Isabelle tombe pâle et tremblante sur son fauteuil. Don Manuel s'empresse auprès d'elle.

DON CléSAR.

Et les Maures, dis-tu, l'ont enlevée? A-t-on vu les Maures? qui a été témoin de l'événement?

DIEGO

On avait aperçu des pirates maures qui avaient jeté l'ancre dans la rade voisine du couvent.

Plusieurs navires s'étaient réfugiés dans cette rade pendant la tempête. Où est ce vaisseau?

On l'a vu ce matin de bonne heure dans la haute mer, gagnant le large à force de voiles.

Dit-on que quelque autre brigandage ait été commis? Les Maures ne se contentent pas d'une seule proie.

DIEGO

Ils se sont emparés avec violence des troupeaux qui paissaient en ce lieu.

Comment les brigands ont-ils pu pénétrer dans l'intérieur d'un cloître exactement fermé?

DIEGO

Les murs du jardin sont faciles à franchir, à l'aide d'une échelle élevée. .,

Comment sont-ils entrés jusque dans les cellules ? car le séjour des pieuse» nonnes est entouré d'une furie clôture.

DIEGO

Elle n'était encore liée par aucun vœu , et elle pouvait se promener en liberté.

Et usait-elle souvent de cette liberté qui lui était laissée? Dis-moi cela.

DIEGO

Souvent on la voyait chercher la solitude du jardin. Aujourd'hui seulement elle n'est point revenue.

DON CÉSAR, après avoir réfléchi un moment.

Enlevée, dis-tu? S'il était si facile de l'enlever, elle a pu fuir aussi de son propre gré. ISABELLE se lève.

C'est îa violence! c'est un criminel enlèvement. Jamais ma fille n'aurait oublié son devoir au point de suivre volontairement un ravisseur ! Don Manuel, don César, je devais aujourd'hui vous présenter une sœur, maintenant il faut que j'implore le secours de votre bras héroïque. Mes fils , déployez votre courage, vous ne pouvez souffrir patiemment que votre sœur soit la proie d'audacieux brigands. Prenez vos armes, équipez un navire, parcourez toute la côte. Poursuivez les pirates sur toutes les mers, ils ont dérobé votre sœur.

Adieu , je vole à leur poursuite et à la vengeance !

Il sort.

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