‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 58 sur 637 · FIESQUE, CENTURION E, CIBO, ASSERATO · texte numérisé non relu

FIESQUE, CENTURION E, CIBO, ASSERATO

Ils se précipitent impétueusement dans la salle. CIBO.

Comte, vous excuserez notre colère si nous entrons sans être annoncés.

CENTURIONE

Je suis outragé, mortellement outragé par le neveu du doge, sous les yeux de toute la seigneurie.

ASSERATO.

Doria a souillé le livre d'or où chaque noble génois a sa page.

CENTURIONE

C'est pourquoi nous sommes ici. Toute la noblesse est outragée en moi; toute la noblesse doit, prendre part à ma vengeance. Pour venger l'honneur de moi seul je ne demanderais point de se-j cours.

(JBO.

Toute la noblesse est offensée en lui ; toute la noblesse doit jeter feu et flamme.

ASSERATO.

Les droits de la nation sont foulés aux pieds. La liberté de la république a reçu un coup mortel.

FIESQUE

Vous excitez toute mon attente.

CIBO

Il était le vingt-neuvième des électeurs, car il avait tiré une boule d'or, et se trouvait désigné pour élire le procurateur. Vingt-huit voix étaient déjà données. Quatorze étaient pour moi, autant! pour Lomellino. Il manquait encore la sienne et celle de Doria.

CENTURIONE, l'interrompant vivement.

H ne manquait que ces deux voix: je vote pou Cibo. Doria, — voyez quelle offense à mon honneur! — Doria...

LA CONJURATION DE FIESQUE

AssEHATO, reprenant la parole.

Ce qu'on n'avait jamais vu depuis que la mer Iiaignelcs murs de Gênes...

CENTUiuoNE, uvec chaUur.

Doria tire une épée qu'il tenait cachée sous son in.inteau d'écarlate, la pi(iue dans mon billet et die à l'assemblée :

CIBO

« Sénateurs! le vote est nul, il est percé! LomcUino est procurateur.»

CENTURIONE

( Lomellino est procurateur! » — et il jette son ('iiée sur la table.

ASSERATO.

11 s'écrie: «Le vote est nul!» — et il jette son épée sur la table.

FIESQUE, après un peu de silence.

A quoi êtes-vous résolus?

CENTURIONE

La république est frappée au cœur. A quoi nous sommes résolus?

FIESQUE

Centurione, un souffle courbe le roseau. Pour ébranler le chêne il faut la tempête. Je vous le demande, qu'avez-vous résolu?

ClBO.

J'aurais pensé qu'on demanderait ce que Gênes résoudra.

FIESQUE

Gênes! Gênes! n'y comptez pas ; c'est un appui fragile, brisé, que celui oîi vous vous attachez. Comptez-vous sur les patriciens? Peut-être parce qu'ils montrent un visage mécontent, et qu'ils haussent les épaules lorsqu'on parle des affaires de l'Étal? N'y comptez pas. Leur ardeur héroïque s'est concentrée sur les balles de marchandises du Levant ; leurs âmes volent avec anxiété audevant de la flotte des Indes.

CENTURIONE

Apprenez à mieux connaître nos patriciens. A peine l'action insolente de Doria a-t-elle été commise, que plus de cent d'entre eux ont couru sur la place avec leurs vêtemens déchirés. L'assemblée de la seigneurie s'est dissoute.

FIESQUE, avec raillerie.

Comme les colombes se dispersent quand le vautour donne au milieu de leur volée.

• CENTURIONE, uvec véhémence.

Non, comme des barils de poudre lorsqu'une étincelle y est tombée.

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