SCÈNE IL
ANGÉLIQUIÏ, WILHELMINK. *
wiiHELMiNE, se levant et le suivant des yeux. Singulier homme ! lorsqu'on louche cette corde,
cela lui va toujours au coeur. Il y a quelque chose
d'incompréhensible dans son sort, ANGÉLIQUE, inquiète et regardant à l'entour, 11 est bien tard : jamais il ne s'est fait aussi
long-temps attendre! Kosenberg
•VVII.IIELMIXE.
11 ne tardera pas. Que d'anxiété encore et d'impatience !
ANGÉLIQUE
Et cette fois ce n'est pas sans motif, chère tante ; cela peut-il être autrement ? J'ai vu ce jour approcher avec angoisses.
WILHELMINE
N'attends pas trop d'un seul jour.
ANGÉLIQUE
S'il allait lui déplaire ! si leurs caractères se repoussaient mutuellement! Comment puis-je espérer qu'il sera la première exception à la règle commune? Si leurs caractères allaient se repousser ! Cette amertume maladive de mon père, et la fierté de Rosenberg facilement irritable! cette mélancolie, et la gaieté douce et spirituelle de Kosenberg ! ah ! quel jeu funeste de la nature! et qui me garantit que , se hâtant de l'apprécier sur cette première épreuve , il ne lui interdira même pas une seconde visite?
WILHELMINE
Cela est possible, ma chère; cependant votre cœur encore hier ne vous disait rien de tout cela.
ANGÉLIQUE
Hier? Tant que je n'ai vu que lui, tant que je n'ai pensé qu'à lui , je ne réfléchissais à rien de plus; je pariais alors comme une jeune fille légère et aimante; maintenant l'idée de mon père saisit mon imagination, et mes espérances s'évanouissent. Pourquoi cet aimable songe na-t-il pu. se prolonger? pourquoi a-t-il fallu jouer tout le bonheur de ma vie sur une terrible et unique chance ?
WILHELMINE
Tes craintes te font tout oublier, Angélique. Depuis le jour oii Kosenberg te fit connaître son amour, où pour toi il rompit tous les liens qui l'attachaient à la cour et aux plaisirs de la capitale, où il s'est volontairement confiné dans la triste solitude de ses terres pour vivre près de toi ; depuis ce jour, la pensée de ton père n'at-elle pas empoisonné ton repos? n'est-ce pas toi qui as voulu faire cesser le mystère de cette liaison ? n'est-ce pas toi qui l'as poursuivi de te» prières et de tes sollicitations continuelles jusqu à ce qu'il t'ait promis, assez à contre-cœur, de rechercher la faveur de ton père ? Mon père , di-ais-tu, ne lient plus que par un seul lien aux
nommes; le monde sera à jamais perdu pour lui, s'il vient à découvrir que sa fille aussi l'a trompé. ANGÉLIQUE, avec émotton.
Jamais, jamais ! Kappelez-le-moi, chère tante. Je me sens plus ferme, plus résolue ; tout le monde l'a trompé, mais sa fille sera sincère. Je ne veux pas me permettre une espérance qu'il faudrait cacher à mon père. Que ne dois-je pas à sa bonté? il m'a tout donné. Lui qui est mort à toutes les joies de la vie, que ne m'a-t-il pas fait pour m'en entourer? C'est pour mon plaisir qu'il a fait de ce lieu un paradis et que tous les arts ont rivalisé pour charmer le cœur de son Angélique et ennoblir son esprit. Je suis la reine de ce domaine. Il a remis à mes mains les soins pieux de la bienfaisance, dont son cœur blessé ne peut s'acquitter ; il m'a laissé le doux pouvoir de rechercher l'indigence honteuse, de sécher les larmes cacliées , et d'ouvrir un asile dans nos tranquilles montagnes à la misère vagabonde. Et pour tout cela, Wilhelmine, il ne m'impose que l'obligation facile de me priver d'un monde qui le repousse.
WILHELMINE
Et n'as-tu jamais transgressé cette obligation facile ?
ANGÉLIQUE
J'ai cessé de lui obéir. Mes désirs se sont portés au-delà de cette enceinte ; je me le reproche, mais je ne puis revenir sur mes pas.
AVILIIELMINE.
Avant que la chasse attirât Kosenberg dans ces forêts, n'étais-tu pas plus heureuse ?
A.NGÉLIQUE.
Heureuse comme daiis le ciel; cependant je ne puis revenir sur mes pas.
wii iielm:.\e.
Ainsi tout a changé à la fois. Cette société intime avec la nature si belle n'est plus rien pour toi?
ANGÉLIQUE
La nature est la mê.T.e , mais non pas mon cœur; j'ai essayé de la vie, et maintenant ce qui est inaiiinié ne peut plus me satisfaire. Oh! combien maintenant tout est changé autour de moi! autour de moi il a fait varier toutes mes impressions. Le soleil qui s'élève n'est plus pour moi qu'un signe qui indique l'heure de son arrivée! c'est son nom que me fait entendre le murmure de la fontaine ; c'est sa douce haleine que mes fleurs exhalent de leur calice. Ne me regardez pas si sévèrement, ma chère tante ; est-ce ma faute, si le premier homme que j'ai renconirc hors de cette enceinte a justement été Kosenberg? ■WILHELMINE la regarde avec émotion.
Aimable et malheureuse enfant ..et toiaus.si!... Je n'ai rien à me reprocher, je n'ai pu empêcher cela. Ne m'accuse pas, Angélique, si tu n'as pu échapper à ta destinée.
ANGÉLIQUE
C'est ce que vous me dites toujours, chère tante ; je ne vous comprends pas.
LE MISANTHROPE
WUMKtMINS-,
On ouvre la grille du parc !
AlWGÉl.lOdi:.
Je reconnais les aboiemens de sa Diane; il arrive ; c'est Rosenberg !
Elle va à sa rencontre.
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