‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 64 sur 637 · PLUSIEURS · texte numérisé non relu

PLUSIEURS

Parlez, Lavagna. •

FIESQUE, s'asseyant.

Génois... une fermentation intestine survint une fois dans le royaume des animaux; les partis combattaient contre les partis, et un chien de boucher s'empara du trône. Accoutumé à conduire les bêtes à la boucherie, il usa de son pouvoir en vrai chien. Il aboyait, il mordait et rongeait son peuple jusqu'aux os. La nation murmura ; les plus hardis se concertèrent, et le dogue fut étranglé. Alors il fut tenu une diète pour décider la grande question desavoir quel gouvernement serait le i)lus heureux : les voix se partagèrent entre trois avis. — Génois, pour lequel vous, 8eriez-vous décidés?

LA CONJURATION DE FIESQUE

LE PIIEMIEU.

Pour le peuple! tout pour le peuple!

FIESQUE

Le peuple prévalut; le gouvernement fut déinocratique. Chaque citoyen donnait son suffrage. r.a pluralité l'emportait. Peu de semaines après, 1 homme déclara la guerre à cette république de (uvelle fabrique. La diète se rassembla. Le cheii, le lion, le tigre, l'ours, l'éléphant et le iliinocéros, s'expliquèrent d'abord, et crièrent liautement aux armes. Ce fut ensuite le tour des uitres. L'agneau, le lièvre, le cerf, l'âne, toute la tribu des insectes, la troupe craintive des oiseaux

t des poissons, s'avancèrent, et, se lamentant, dirent : La paix! — Voyez, Génois, il y avait plus lie lâches que de braves, plus d'imbéciles que de

;iges; la pluralité l'emportait. L'empire des animaux déposa les armes, et l'homme établit violemment sa domination. Ce système de politique fut donc rejeté. — Génois, pour lequel inclineriezl'ous maintenant?

LE PREMIER et LE SECOND.

Pour l'élection! oui, pour l'élection !

FIESQUE

Cette opinion fut adoptée. Les affaires de l'État furent partagées entre plusieurs chambres. Les loups administraient les finances ; les renards étaient leurs commis ; les colombes présidaient à la justice criminelle; les tigres aux conciliations amiables; les boucs arrangeaient les procès entre époux; les lièvres étaient soldats ; les lions et les éléphans gardaient les bagages; l'âne était ambassadeur de la république, et la taupe inspecteur-général de la conduite des magistrats. Génois, qu'espérez-vous d'une si sage répartition ? Celui que le loup n'avait pas déchiré était dépouillé par le renard; celui qui échappait à ce dernier succombait sous les ruades de l'âne. Le tigre étranglait l'innocent; les colombes faisaient grâce au voleur et à l'assassin ; et à la fin, quand les magistrats sortaient de charge, la taupe les trouvait tous irréprochables. Les animaux se soulevèrent. Choisissons, s'écrièrent-ils tous d'une voix, un monarque qui ait griffes et dents, et qui n'ait qu'un seul estomac : tous rendirent bommage à un seul, à un seul, Génois ! mais celui-là.. . (il s'avance entre eux d'un air de majesté] c'était le lion.

rous, applaudissant et jetant leurs bonnets en l'air.

Bravo! bravo ! ils ont sagement fait.

LE PREMIER

Et Gênes doit les imiter, et Gênes a déjà son homme.

FIESQUE

Je ne veux pas le connaître. Retournez chez vous ; songez au lion ! {Les citoyens se retirent en tumulte.) — Cela va à souhait. Le peuple et le sénat sont contre Doria .. Le peuple et le sénat sont pour Fiesque. Il faut accroître cette haine ; il faut échauffer cette bienveillance... Hassan! Hassan! ici, gibier de potence, ici, H''^:'inl

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