‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 71 sur 637 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

Un salon chez Fiesque.

FIESQU-E, tenant des papiers et des lettres de change; LE MAURE.

FIESQUE

Les quatre galères sont donc arrivées?

LE MAUUE.

Heureusement; elles sont à l'ancre dans la darse.

FIESQOE.

Cela vient à souhait. Et d'où venaient ces courriers ?

LE MAURE

De Rome, de Plaisance et de France.

FIESQUE, ouvrant des lettres et les parcourant.

Les bienvenus, les bienvenus à Gênes J ( Avec un ton de satisfaction. ) Qu'on fasse un accueil de prince à ces courriers.

LE MAURE

Bon.

11 veut sortir.

FIESQUE

Arrête, arrête : voici qu'il t'arrive de la besogne en quantité.

Que faut-il pour votre service ? le nez du chien de chasse ou le dard du scorpion?

FIESQUE

Pour le moment, je n'ai besoin que de l'appeau de l'oiseleur Demain matin deux mille hommes déguisés se glisseroul dans Gènes pour

LA COxNJURATION DE FIESQUE

t'ire pris à mon service. Distribue tes compagnons autour des portes; qu'ils observent d'un œil vigilant les voyageurs qui entreront : quelques-uns viendront comme une troupe de pèlerins qui s'acheminent vers Lorette; d'autres comme des religieux, des Savoyards, des comédiens; beaucoup d'autres comme des marchands, ou une troupe de musiciens ; la plupart comme des soldats congédiés qui viennent s'offrir à manger le pain de la ré{)ublique. On demandera à chaque étranger où il loge. S'il répond : Au Serpent d'or! il faudra le saluer amicalement et lui indiquer ma demeure. Tu vois, drôle, que je compte sur ton habileté.

LE MAURE

Seigneur, comme sur ma perversité. S'il m'échappe un seul cheveu de leur tête, mettez mes deux yeux dans une sarbacane pour tirer aux moineaux.

Il veut sortir.

Arrête; encore une commission. Ces galères pourraient donner dans l'œil au public : remarque ce qu'on en dira. Si quelqu'un t'interroge, tu auras entendu dire vaguement que ton maître veut s'en servir pour donner la chasse aux Turcs. Tu comprends ?

LE MAURE

C'est entendu. La barbe des circoncis couvrira tout le mystère. Le diable seul saura ce qui est dans le sac.

Il veut sortir.

FIESQUE

Doucement ; encore une précaution. Gianettino a de nouveaux motifs de me haïr et de me tendre des embûches; va et observe si parmi tes camarades tu ne pourrais pas éventer quelque assassin. Doria fréquente les maisons suspectes ; attache-toi aux filles de joie : les secrets de cabinet se cachent souvent dans les plis d'un cotillon; promets-leur des chalands tout cousus d'or; promets-leur ton maître. Il n'y a rien de si honorable que tu ne puisses aller chercher dans cette fange , jusqu'à ce que tu l'aies remuée jusqu'au fond.

LE MAURE

Oh! oh! j'ai mes entrées chez une certaine Diane Bononi, dont j'ai été le pourvoyeur pendant cinq quartiers environ : avant-hier j'ai vu le procurateur Lomellino sortir de cette maison.

FIESQUE

C'est cela même. C'est justement ce Lomellino qui est la cheville ouvrière de toutes les extravagances de Doria. Demain matin de bonne heure, tu te rendras là : peut-être cette nuit est-il l'Endymion de celte chaste Diane.

Encore une information , monseigneur. Si les Génois me demandent... et je me donne au diable, ou ils le demanderont... s'ils viennent à me demander ce que Fiesque pense de Gênes? portez-vous encore votre masque, ou que dois-je répondre ?

FIESQUE

Reponare... attends. — Oui, la poire est mûre; nous sommes dans les douleurs de l'enfantement. — Gênes, répondras-tu, est sur le billot, et mon maître s'appelle Jean-Louis Fiesque.

LE MAURE, tout joyeux.

C'est ce que je ferai, de façon qu'il en sera jasé, foi d'honnête fripon!... Allons, à l'ouvrage, ami Hassan! D'abord au cabaret; mes pieds ont de l'ouvrage à faire; il faut que je contente mon estomac, pour qu'il donne bon courage à mes jambes. ( // part, puis revient tout-à-coup. ) — A propos! j'ai eu tantôt ma petite conversation; vous aviez désiré savoir ce qui s'était passé entre votre femme et Calcagno? Des offres faites, seigneur, et puis c'est tout. * Il sort en courant.

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