‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 75 sur 637 · ROMANO · texte numérisé non relu

ROMANO

Des scènes de la mâle antiquité. A Florence, est nton Hercule mourant; à Venise, ma Cléopâtre; Ajax furieux, à Rome, où les héros de r?.ncien temps revivent... au Vatican.

FIESQUE

Et a quoi s'occupe maintenant votre pinceau?

ROMAXO.

Je l'ai jeté , monseigneur. Le flambeau du gé- !iie se consume plus rapidement encore que le ilambeau de la vie : parvenu à un certain point, il ne peut plus allumer que le papier dont on a entouré son extrémité... Voici mon dernier ouvrage.

FIESQUE, d'un ton de satisfaction.

Il ne pouvait venir plus à souhait. Je me sens aujourd'hui plus serein qu'à l'ordinaire; tout mon être semble jouir d'une disposition calme et sublime, et s'ouvrir tout entier à la belle nature. — Placez votre tableau; je m'en fais une vraie fête. — Approchez-vous, mes amis; abandonnons-nous entièrement à l'imagination de l'artiste. — Placez votre tableau.

VERRINA, faisant signe aux autres.

Kh bien, Génois, obscrvez-lc.

ROMAND place son tableau à droite.

La lumière doit venir de ce côté. Tirez ce rideau, laissez tomber celui-là. {Il se met de c/>fë.)

THÉÂTRE DE SCHILLER

C'est l'histoire de Virginie et d'Appius Claudius.

Silence long et expressif, pendant que tons examinent le tableau.

VERRINA, avec exaltation..

Courage, vieux père! Tu meurs, tyran îConnne vous restez pâles et pétrifiés, Romains!... Imitez-le... Saisissez le couteau; imitez-moi, Génois... Êtes-vous doncde pierre?... A bas Doria... à bas... à basl

Il s'élance vers le tableau.

FIESQUE, au peintre en souriant.

Ne demandez point d'autres éloges! Votre art a fait de ce vieillard un jouvenceau délirant.

VERRINA

Où suis-je? Que sont-ils devenus? Se sont-ils évaporés comme une bulle de savon? Toi ii :. Fiesque! Le tyran vit encore Fiesque

FIESQUE

Vois-tu ? il y a beaucoup de choses que lu as oublié de voir. Tu trouves cette tête de Romain digne d'admiration? laisse-la de côté, regarde la jeune fille. Cette expression, qu'elle est délicate ! qu'elle est féminine ! que de grâce encore dans ces lèvres flétries! que de volupté dans ce regard qui s'éteint! — Inimitable, divin Romano 1... Et ce sein d'une blancheur éblouissante, avec combien de charme les derniers soupirs le font palpiter! Ah! Romano, ne faites plus dépareilles nymphes, ou je me prosternerai devant votre imagination, et je ferai mes adieux à la nature.

nOURGOGMND.

Verrina, est-ce là ce grand effet que tu espérais?

VERRINA

Prends courage, mon fils; Dieu a rejeté le bras de Fiesque, mjùs il peut compter sur les nôtres. FIESQUE, au peintre.

Oui, c'est votre dernier ouvrage, Romano. Votre force est épuisée : vous ne toucherez plus un pinceau. Cependant, en admirant l'artiste, j'ai oublié de m'occuper de l'ouvrage. Je reste là en extase, et je n'entendrais pas Dieu tonner. Remportez votre tableau ; si je voulais vous payer celte tête de Virginie, il faudrait mettre Gênes en gage. Remportez-le.

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