‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 77 sur 637 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

FIESQUE, VERRINÂ, BOURGOGNINO, SACCO, CALCAGNO.

FIESQUE rompt le silence où les a plongés la surprise.

Pensiez-Yous que le lion sommeillât, parce qu'il ne rugissait pas? Etiez-vous assez vains pour vous flatter d'être les seuls qui sentissent les fers de Gênes? les seuls qui souhaitassent de les briser? Avant même que vous en eussiez entendu le bruit, Fiesque les avait déjà rompus. [Il ouvre une- cassette, prend un paquet de lettres qu'il étale sur la table.) Ici des soldats de Parme... Ici l'or de la France... Ici quatre galères du pape... Que manque-t-il encore pour surprendre le tyran dans son repaire? De quoi pourriez-Yous me faire souvenir?... [Ils sont muets d'étonnement ; il quitte la table et cotitinue avec le sentiment de lui-même.) Républicains, vous îtes habiles à maudire les tyrans, lorsqu'ils sont rès d'être renversés.

Tous, hormis Verrina, se jettent à ses pieds, sans proférer une parole.

VERRINA

Fiesque, mon génie s'incline devant le tien ; nais mon genou ne peut fléchir devant toi...' u es un grand homme... mais... Relevez-vous, i^uois.

FIESQUE

Gênes entière s'indignait de la mollesse de iesque; Gênes entière maudissait ce galant liertin de Fiesque. Génois, Génois! ma galanteie trompait les soupçons du,despotisme; ma folie achait à votre pénétration une dangereuse pruence: c'est au milieu du tourbillon de la dissiation que se tramait l'œuvre merveilleuse de la onjuration. C'est assez. Par vous. Gênes me

nnaîtra : mon désir le plus ambitieux est saisfait.

OURGOGNINO SB jette dans un fauteuil avec dépit.

Ne suis-je donc plus rien?

FIESQUE

Mais passons sans délai de la pensée a l'action. outes les machines sont dressées: je puis assiéger

ville par terre et par mer; Rome, la France et arme me protègent; la noblesse est mécontente,

le cœur de la populace est à nioi: j'ai plongé les tyrans dans le sommeil : la république esl mûre pour une refonte. Par bonheur nous sonmies prêts, rien ne manque : mais Verrina est pensif.

BOURGOGNINO.

Patience, j'ai un mot qui doit retentir à son oreille épouvantée plus que la trompette du dernier jugement. {Il s'approche de Verrina et lui crie d'un ton expressif: ) Père ! éveille-toi ; Berthe est dans le désespoir.

VERRINA

Qui a dit cela?— A l'œuvre, Génois!

FIESQUE

Cherchez des objections contre l'exécution : pendant ces graves entretiens, la nuit nous a surpris ; Gênes repose endormie, le tyran gît épuisé des débauches de sa journée: veillez pour eux.

B0URG0G.\I.\0.

Avant de nous séparer, jurons, dans nos embrassemens, cette fédération héroïque. [Ils se forment en cercle, leurs bras entrelacés.) Ici sont ré^inis les cinq plus grands citoyens de Gênes pour décider les plus grandes destinées de Gênes. [Ils s'embrassent.) Quand rédiiice de l'univers s'écroulerait, quand les liens du sang et de l'amour seraient rompus, [ils se séparent) cette tige, aux cinq rameaux héroïques, n'en resterait pas moin» debout.

VERRINA

Quand nous rassemblerons-nous de nouveau?

FIESQUE

Demain, à midi, je recueillerai vos avis.

VERRI.NA.

A demain donc, à midi. Bonne nuit, Fiesque. Viens, Bourgognino, tu apprendras une chose étrange.

Ils s'en vonl.

FIESQUE, aux autres.

Sortez par les portes de derrière, pour ne pas être remarqués par les espions de Doria.

Tous s'éloignent.

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