‹ Œuvres dramatiques de Schiller. Traduction de M. de Barante, précédée d'une notice biographique et littéraire sur SchillerChapitre 96 sur 637 · SCÈNE VL Les Précédens, FIESQUE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL Les Précédens, FIESQUE

FIESQUE, en entrant.

Ami. {Tous le saluent, les factionnaires présentent les armes.) Soyez les bien venus, dignes amis. Vous vous êtes impatientés de ce que le maître de la maison se faisait long-temps attendre; excusez-le. {Bas à T^errina.) Tout est-il prêt?

VERRINA, lui parlant à l'oreille.

A souhait.

FIESQUE. bas à Bourgorjnino.

Etî...

BOURGOGNINO.

Au mieux.

FIESQUE, à Sacco.

Et?...

SACCO

Tout va bien

Et Calcagno?

BOURGOGNINO.

... N'y est pas encore.

FIESQUE, aux factionnaires.

Qu'on ferme les portes. {Il ôte son chapeau, et s'avance au milieu de l'assemblée avec une noble aisance.) Messieurs, j'ai pris la liberté de vou? inviter à un spectacle... non pour vous divertir, mais pour vous confier des rôles. — Assez longtemps, mes amis, nous avons supporté l'insolence de Gianettino Doria et les usurpations d'André 1 Si nous voulons délivrer Gênes, amis, nous n'avons pas un moment à perdre. A quelle fin croyezvous que ces vingt galères assiègent notre antiquej port? à quelle fin sont les alliances conclues pai ces Doria? à quelle fin sont ces soldats étrangers qu'ils attirent dans le cœur de Gênes? Maintenant il ne s'agit plus de vœux ni de murmures :\ pour tout sauver, il faut risquer tout : un mal désespéré veut un remède audacieux. Y a-til dans cette assemblée un homme qui ait le flegme d»

LA CONJURATION DE FIESQUE 95

reconnaître pour son maître celui qui est seulement son égal?... [Murmures.) Il n'en est pas uu ici dont les aïeux n'aient assisté Gênes dans son berceau. Eh quoi! par tout ce qu'il y a de sacré! îh quoi! qu'ont donc fait ces deux citoyens pour prendre ainsi ui> téméraire essor au-dessus de nos :êles? [Murmures plus violens.) Chacun de vous ;st solennellement requis de défendre la cause de jénes contre ses oppresseurs. Aucun de vous ne jcut sacrifier l'épaisseur d'un cheveu sur ses droits, ;aiis trahir aussitôt toute l'existence de l'État. Il est interrompu par une agitation tumultueuse jui s'élève parmi ceux qui l écoutent ; puis il continue.) Vous êtes émus... tout est gagné. Déjà e vous ai ouvert le chemin de la gloire : voulezous m'y suivre? je suis prêt à vous y conduire. 'es apprêts, que tout-à l'heure vous regardiez avec ;ffroi, doivent maintenant vous inspirer un couage héroïque. Ces frissons et ces angoisses dolent se changer en un zèle brûlant pour faire ;ause commune avec ces patriotes et moi , pour irécipiter les tyrans de leur trône. Le succès ne »eut qu'être favorable à notre tentative, car mes lispositions sont bien prises. L'entreprise est uste, car Gênes souffre. Ce dessein nous rendra mmortels, car il est périlleux et gigantesque.

CENTUiuoNE, dans le plus violent transport.

C'en est assez. Que Gênes soit libre ! Ce cri de uerre nous ferait triompher de l'enfer.

CIBO

Que celui qui ne serait point tiré de son somneil gémisse éternellement sur un banc de raseurs, jusqu'à ce que la trompette du dernier juemetit vienne le délivrer !

FIESQUE

Voilà de mâles paroles. — Maintenant vous méitez de connaître les dangers qui menacent Gênes t vous. (// leur donne les papiers saisis pa'r le taure.) Soldats, apportez un flambeau. (Les noies se pressent autour d'une torche, et lisent.) ela va à souhait, ami.

VERRINA

Ne parle pas si haut-. J'ai vu là-bas, vers la gaube, des visages pâles et des genoux tremblans.

CEXTUuio.NE, en fureur.

Douze sénateurs ! c'est infernal ! tous, l'épée à î main!

bus, excepté deux, se précipitent sur les armes entassées. ClBO.

Ton nom y est aussi, Bourgognino.

BOURGOGNINO.

Et aujourd'hui je l'écrirai dans le cœur de Doria.

CENTURIONE

ii reste deux épées.

CIBO

Comment ? comment ?

CENTURIONE

11 j en a deux qui n'ont pas pris d'épée.

ASSERATO.

Mes frères ne peuvent voir du sang; excusez-les.

CENTURIONE , vivement.

Gomment! comment! pas même le sang des ty-

rans? Déchirons ces làrhes; qu'on chasse de la république ces deux bâtards.

Quelques conjurés se jettent sur eux avec fureur. FIESQUE, les Séparant.

Arrêtez I arrêtez ! Gênes ne veut pas devoir sa liberté à des esclaves. L'or perdrait son noble éclat en l'alliant avec ce vil métal. (// les dégage.) Messieurs, vous, vous contenterez d'une chambre dans mon palais, jusqu'à ce que l'affaire soit décidée. [Â la garde.) Arrêtez ces deux hommes ; vous en répondrez. Deux bons factionnaires à leur porte.

On les emmène.

LE FACTIONNAIRE DE LA GRANDE PORTE

On entend heurter.

Qui va là?

CALCAGNO, par dehors, et d'une voix altérée. Ouvrez. — Ami. — Ouvrez ! Au nom du ciel, ouvrez !

BOURGOGNINO.

C'est Calcagno; que demande-t-il, au nom du ciel?

FIESQUE

Ouvrez-lui, soldats.

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