SCÈNE X
Entrent FABIO et LE MARQUIS RICARDO.
rícardo. — Je n'ai pu attendre plus longtemps, Fabio, et j'accours lui baiser les mains pour une telle faveur.
FAflio. — Cours vite, Marcelle, annoncer à notre dame et maîtresse, que le marquis est là qui l'attend.
Marcelle, à part. — Jalousie cruelle, jalousie tyrannique, où veux-tu en venir par ces folles pensées?
fario. — Eh bien, tu restes là?
MARCELLE. — J'y COUl'S.
fabio. — Oui, dis-lui que notre nouveau seigneur, son époux, l'attend.
(Sort Marcelle.)
ricardo. — Vous viendrez à mon hôtel, Fabio. Je vous promets mille écus d'or, et un cheval napolitain de la meilleure race.
fabio. — Je mériterai vos bontés, au moins par ma reconnaissance.
ricardo. — Ce n'est qu'un commencement. Vous êtes serviteur et vassal de la comtesse; j'entends que vous soyez mon ami.
fabio. — Que je baise vos pieds.
ricardo. — Ce n'est pas ainsi queje m'acquitte; je veux demeurer votre obligé.
(Entre Diane.)
1. C'est la roue à pots introduite par les Arabes en Espagne, et dont on se sert pour arroser les jardins. Elle e¿t mise en mouvement par un cheval.
LE CHIEN DU JARDINIER
diane, au marquis. — Votre Seigneurie icil rica n do. — Faut-il s'en étonner, quand Fabio m'a porté de votre part un tel message? Quoi? après tant de mortels dégoûts, me choisir pour époux, pour serviteur ? Que je baise vos pieds! Le plaisir, la joie de voir mon amour ainsi couronné me rendra fou, et ce sera peu si je ne perds que la raison. Vous mériter, madame! Je n'osais m'en flatter, et me croyais condamné à des soupirs éternels.
dune. — Je cherche comment vous répondre, et je ne puis. — Moi, marquis, je vous ai fait appeler? Est-ce sérieusement que vous parlez?
Ricardo. — Fabio, que veut dire ceci?
fabio. — Croyez-vous que j'eusse osé vous porter cette nouvelle, si Théodore ne m'en avait chargé de la part de madame ?
Diane. — Marquis, tout ceci est une erreur de Théodore. Il m'a entendu vous préférer au comte Frédéric, mon parent, bien que sa fortune et ses nobles qualités ne soient point à dédaigner; et sur cela il aura supposé que j'acceptais votre main. Pardonnez à ces étourdis, je le demande en grâce à Votre Seigneurie.
ricardo. — C'est en vain que Ton me demanderait de pardonner à Fabio, s'il n'était en un lieu où le protège votre image... Je n'en baise pas moins vos pieds, madame, et je compte, pour triompher, sur la persévérance de mon amour.
(Il salue et sort.)
diane. — Eh bien! que dites-vous de ceci, imbécile ? fabio. — Comment ? c'est à moi que s'en prend Votre Seigneurie ?
diane. — Qu'on mande de suite Théodore. (A part.) Comme cet ennuyeux venait à propos, quand je meurs de jalousie.
fabio, à part. — Adieu mon cheval cl les mille écus.
diane, à part. — Amour, que me veux-tir? Vavais-je pas déjà oublié Théodore? Non, je ne l'avais pas oublié, e; ma froideur n'était qu'une apparence.
JO LJ il NÉE li, SCÈNE XI.
Tourments de la jalousie, jusqu'où me conduirez vous? Ah ! grande est votre influence sur le cœur des femmes, puisqu'elle va jusqu'à mettre en péril leur honneur.
J'aime un homme avec passion, mais je ne puis oublier que je suis la mer et qu'il est une humble barque : il est contraire à la raison que ce soit la mer qui se perde.
Je ne vois partout que dangers; et si dans cet orage je m'abandonne à l'amour, pourrai-je empêcher le naufrage1?-
(Elle demeure pensive.)
(Rentre Fabio )
fabio, à part, à Théodore. — J'ai vu le moment où le marquis allait me tuer; mais, s'il faut dire vrai, je regrette bien plus les mille écus.
Théodore, bas, à Fabio. — Je veux te donner un conseil.
fabio. — Lequel?
Théodore. — Le comte Frédéric était désespéré de ce mariage avec le marquis. Ya lui annoncer que tout est rompu, et tu seras bientôt rentré dans tes mille écus. ' fabio. — J'y cours.
(Il sort.)