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SCÈNE IV

DIANE, THÉODORE

dune. — Es-tu maintenant un peu moins triste, Théodore ?

Théodore. — Si j'adore, malgré ma tristesse, je saurai connaître le prix de mes soucis. Je ne veux pas de soulagement aux maux que j'endure, puisque je ne souffre que lorsque je cherche à m'en guérir. Heureuses douleurs, si douces à supporter que celui qui se sent mourir bénit1 encore sa perte. Mon seul chagrin, c'est que les conditions de mon mal m'imposent, pour le soulager, la nécessité de m'éloigner de celle qui le cause.

Diane. — Tu veux t'absenter? et pourquoi?

Théodore. — On en veut à ma vie.

dune. — Je m'en doutais.

Théodore. — On porte envie à mes maux, qui étaient d'abord un si grand bien; c'est pourquoi je vous demande la permission de passer en Espagne.

Diane. — Ce sera l'acte d'un homme aussi avisé que généreux; tu te déroberas ainsi à l'objet de tes tristesses, et, bien qu'il doive m'en coûter des larmes, tu sauveras l'honneur de ma maison. Depuis le jour de ce soufflet, Frédéric m'a montré ouvertement de la jalousie, et cela m'oblige à te quitter. Pars pour l'Espagne; je vais donner l'ordre de te compter six mille écus.

Théodore. — Mon départ fermera la bouche à la calomnie. — Que je baise vos pieds.

1 . Je bénis mon martyre, et content de mourir, Je n'ose murmurer contre sa tyrannie.

VoiTUEE, Sonnet à Uraïutt.

246 LE CHIEN DU JARDINIER

DIANE. — Non, assez; pars, Théodore, laisse-moi. Je suis femme et faible.

Théodore, après quelques pas et à part. — Elle pleure; mais, que faire?

Diane, revenant à elle-même. — Ainsi, Théodore, tu pars?

Théodore. — Oui, madame.

Diane. — Attends!, — Non, va-t'en. — Écoute.

Théodore. — Qu'ordonnez-vous?

diane. — Rien, va-t-en.

Théodore. — Je pars.

diane, à part. — Je sens un trouble... une émotion... Est-il un tourment pareil à celui de l'amour? — {Haut; Tu n'es pas encore parti?

Théodore. — Je m'en vais, madame.

(Il sort.)

diane. — Que devenir maintenant?... Honneur, honneur, maudit sois-tu i Invention détestable, barrière opposée aux penchants naturels! — Mais non, ce fut un bien ; tu es le frein qui s'oppose à l'accomplissement de tant d'actes coupables.

(Rentre Théodore.)

Théodore. — Je viens savoir si je puis partir aujourd'hui.

diane. — Je ne sais. Et toi, Théodore, tu ne parais pas soupçonner que tu vas me faire mal, puisque tu reviens encore.

Théodore. — Je viens, madame, pour me retrouver moi-même ; car c'est ici que j'existe, et au moment de partir, il m'en coûte de quitter ma vie et mon âme.

diane. — Ce n'est pas'à moi que tu dois les redemander. Pars, Théodore, et dans cette lutte de l'amour contre mon honneur, ne provoque pas ma défaite. Va-t'en d'ici, et ne te redemande pas toi-même; tu le pourrais cependant, car si tu laisses ici une partie de ton être, tu m'emportes moi-même avec toi.

Théodore. — Que Votre Seigneurie demeure avec Dieu.

(Il sort.)

diane, seule. — Maudite soit ma Seigneurie qui m'empêche d'être à celui qu'adore mon âme! Me voilà seule, sans l'être qui était la lumière de mes yeuxl Qu'ils ressentent leur infortune; qui eut tort de regarder aura raison de pleurer.

Soyez punis, mes yeux, vous qui, en fixant si mal vos regards, m'avez jetée dans cette détresse, car ce n'est pas moi qui suis coupable; ou plutôt, ne pleurez pas, les larmes vous soulageraient. Rassurez cependant votre infortune; qui eut tort de regarder aura raison de pleurer'.

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