‹ Œuvres dramatiquesChapitre 213 sur 290 · SCÈNE VIII CITRON, INÈS · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII CITRON, INÈS

citron. — Puisque nous voilà seuls, voulez-vous, ma belle, que nous fassions connaissance, si toutefois un homme d'honneur est fait pour vous plaire?

inès. — Je crains d'avoir affaire à un grand mauvais sujet, car vous en avez tout l'air.

citron. — Vous êtes bien toutes les mêmes, mesdames. Un mirliflor, de ceux qui disent : Acción^ en substancia, reducción, et qui affectent de se servir des termes nouveaux; urt fat qui s'enveloppe jusqu'au cou d'un manteau de camelot, qui semble à demi-masqué avec ses cheveux et ses moustaches, qui porte une boîte garnie de cosmétiques, plus semblable à un fils de Mahomet que les citadins de la ville d'Alger, — que voulez-vous qu'il soit, sinon un homme de sac et de corde, pareil à ces fleuves perfides, qui sont d'autant plus profonds qu'ils semblent plus paisibles? — Moi, c'est aulre chose. Dites-moi votre nom; et, puisque maître et maîtresse s'aiment, nous autres serviteurs, aimons-nous.

inès. — Le drôle est aimable, et finira par me plaire. On n'a jamais si bien chanté en cage.

citron. — Votre nom...

inès. — Celui de la sainte qui porte un agneau dans ses bras.

citron. Je veux être cet agneau, belle Inès, à condition qu'il ne grandira pas; mais, si plus tard il doit grandir... je vous laisse là, je me sauve.

inès. — Et votre nom, à vous?

citron. Il est fort d'usage en Castillo.

lé Le texte porté dueño, sans doute parce qu'Inès songe à don Fernand.

Inès. — Mais enfin ?

citron. — Citron.

Inès. — Aigre.

citron. — Et doux... c'est selon.

(Rentre don Juan, tenant un papier à la main.)

don juan, à Inès. — Voici un billet pour remettre à votre maîtresse. J'y joins ce diamant, en signe de reconnaissance. Dites-lui bien que je ne saurais mieux lui exprimer ce que j'éprouve. Et vous, acceptez ces doublons sur ceux que vous m'avez apportés.

inès. — Ma maîtresse va devenir de moitié dans votre prison. J'emporte le diamant, comme étant un cadeâù cíe votre part; mais je refuse les doublons.

don juan. — Foi de gentilhomme...

inès. — Je n'en ferai rien.

citron. — Elle ne peut pas accepter. Ne vous fatiguez îpas à vouloir la persuader. C'est méconnaître son désintéressement... surtout, si elle savait...

inès. — Je suis en retard, veuillez me dire votre nom, et adieu.

don juan. — J'aurais voulu le taire, mais je ne puis me refuser à le dire, d'autant plus que tous deux nous y avons intérêt. Je m'appelle don Juan d'Aguilar.

inès. Adieu, monseigneur don Juan.

citron. — Adieu, ma reine.

inès. — Adieu, beau masque.

citron. — Vous savez mon nom; et vous comprenez1...

(Sort Inès.)

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