SCÈNE V
TIBERIO, LISARDA.
tiberio. — Sans doute, des pâmoisons telles ne donnent pas lieu de craindre pour la vie; elles n'en font pas moins compassion, chère Lisarda. Jamais Belise ne m'a paru morte à ce point. Qu'y a-t-il eu?
lisarda. — Une fantaisie ridicule, fruit de son humeur bizarre. Elle a imaginé de vouloir faire marquer Pedro.
tiberio. — Comment! Est-il donc votre esclave?
lisarda. — Je viens de l'acheter il n'y a qu'un moment. Faut-il déjà me montrer si cruelle envers lui?
LES CAPRICES DE B ELI SE
TiBiiRiu. — Tu connais cette humear bizarre ; mais comme il serait insensé d'accomplir un acte si cruel, tu peux faire semblant de le marquer. Par le moyen de cette marque supposée, tu feras ce qui nous est dû à tous deux, puisque personne ne sera lésé; aussi bien serait-il peutêtre pénible de chagriner en ce point une fille qui est comme la prunelle de. tes yeux.
ltsarda. — Mais peut-on imprimer une marque de façon qu'elle paraisse véritable?
tiberio. — Avec la plus grande facilité.
lisarda. — Je céderai donc sur tous les points aux menaces de Belise?... C'est entendu... Charge-toi de faire imiter la marque.
tiberio. — Je m'en charge, de peur que cette folie n'en vienne à quelque éclat déshonorant. J'aperçois le personnage. Sors, Lisarda.
(Sort Lisarda.) (Entre Felisardo, sans apercevoir Tiberio.)
tiberio. — Hé! Pedro!
felisardo. — Ah! seigneur.
tiberio. — Comment nous trouvons-nous dans cette nouvelle maison?
felisardo. — Pas mal, grâces à Dieu; je suis aimé de tout le monde'.
tiberio. — Pour ce qui est de Lisarda, je le jure, mais non en ce qui concerne Belise, car elle veut que tu sois marqué, et, quoiqu'il m'en coûte beaucoup, j'ai accepté cette commission pour lui faire plaisir.
felisardo. — Me marquer? Qu'est-ce à dire? Je suis un serviteur loyal, et si vous vous en avisez, je crains, paila mordieu, que vous ne mouriez l'un et l'autre de mes mains.
tiberio. — Elle veut qu'on fasse la même opération à Celia.
felisardo. — Voilà qui est parfait ! [Se mettant à crier.) Mais c'est moi qui suis l'auteur de la mort du cavalier navarrais! Accourez, je suis caché ici!
tiberio. — Que dis-tu ?
pe lis ardo. — Que c'est moi dont la lame acérée a percé le cœur de ce gentilhomme.
tiberio. — Le chagrin de se voir marquer lui tourne la cervelle. — Va, on ne te marquera pas.
felisardo. — Un moment, et. je vais sortir au péril de ma vie.
tiberio. — Sois tranquille; pour entrer dans sa fantaisie et éviter un esclandre, la marque ne sera qu'imitée. Je veux peindre sur vous deux les caractères de la lettre avec une encre facile à effacer.
felisardo. — Imite ce qui peut être effacé, et appellemoi ton esclave.
tiberio. — Attends-moi ici, Pedro.
(Il sort.)