‹ Œuvres dramatiquesChapitre 237 sur 290 · DON JUAN, DON FERNAND, CITRON · texte numérisé non relu

DON JUAN, DON FERNAND, CITRON

don fernand. — Est-ce ainsi qu'un ami doit passer dans ma rue?

don juan. — J'allais partir, et en ma qualité d'étranger je ne connaissais pas votre maison.

don fernand. — Son antique blason la fait assez connaître.

don juan. — Je me regarde comme étroitement lié par la reconnaissance, et je suis encore prisonnier.

don fernand. — Montrez-le en vous constituant comme tel dans ma maison, où, vous le savez, tout le monde est prêt à vous servir et vous aime. Vous ne sortirez pas d'ici. Je veux vous divertir, vous régaler à mon tour.

donjuán. — Il n'est pas pour moi de régal pareil au plaisir de vous avoir servi.

don fernand. — Ce serait être bien ingrat que de ne pas le reconnaître.

don juan. — Mais je suis obligé de partir.

don fernand. — Vous serez toujours libre à cet égard. Toutefois, mon affection ne relâcherait qu'à regret son prisonnier1.

don juan. — Je sais tout ce que je vous dois.

don fernand. — La justice veut que j'essaye de vous

4. Pour être le style de l'époque, ce style n'en est pas moins ennuyeux.

faire oublier par mon empressement les jours que vous avez passés en prison pour moi. Vous ferez connaissance avec une sœur à moi qui souhaite de vous voir et de vous témoigner aussi sa gratitude.

citron. — J'aime à croire que vous gardez aussi quelque part dans cette maison la mule que vous enfourchâtes si lestement, en laissant mon pauvre maître dans le pétrin. Donnez-nous donc de ses nouvelles, car il y a un homme assez simple pour s'intéresser au sort d'une mule rousse, pour désirer connaître son nom, sa taille et sa couleur. Autrement, on dira qu'il y a eu erreur au procès-verbal, comme dans le conte de ce peintre.

don fernand. — De quoi s'agit-il?

citron. — Je vais vous le dire. — Un hidalgo amateur commanda un jour à un peintre un tableau de la Gène, puis, la toile achevée, il alla la voir, et y trouva foison de personnages. Il compta jusqu'à treize apôtres, et dit au peintre, fort étonné : « Cette toile est mauvaise; sûrement je ne la payerai point. Il y a ici un apôtre de trop. — Prenez toujours, lui répliqua le peintre; il s'en ira après avoir dîné. » Je demande à votre exactitude, à votre respect de la règle, qu'il y ait ici un apôtre de trop.

don fernand. — Sois tranquille, ami Citron, la mule, la selle et la valise ne sont pas perdues.

citron. — Il en est donc enfin question.

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