SCÈNE II
Entrent LEONAKDA , LISÉNE, INÈS.
leonarda. — Je vous amène un hôte qui nous fera honneur, bien qu'à son corps défendant.
don fernand. — Et je vous rends votre monnaie avec l'hôte que je vous présente.
leonarda, à part. — Jésus ! que vois-je ?
don juan, à part, à Citron. — Ah! Citron, c'est la sœur de don Fernand !
citron, de même. — Vous me voyez émerveillé t
don juan. — Et moi confond a I
lisène. — Quand un ennemi Vient dans la maison de son adversaire et accepte la conversation, la réconciliation n'est pas bien loin.
don fernand. — Comment ai-je été assez heureux pour triompher de votre ingratitude, Lisène ?
lisène. — Parce que l'occasion était favorable, et que j'ai vu Leonarda. Je n'étais pas brouillée avec elle, mais avec vous, dont la perfidie...
don juan, "à son valet. — N'est-elle pas charmante?
citron. — Vive Dieu ! c'est une admirable personne, et vous pouvez vous vanter d'être heureux.
don juan. — Ses beaux yeux brillent sur son visage, comme deux soleils.
leonarda, à part, à Inès. — Ah! Inès, quel bonheur ! don Juan sous notre toitl
inès. — C'est l'amour et le bonheur réunis , la fortune apiès la disgrâce.
don juan, à part. — Que faire, Citron?
citron. — Dissimuler.
don juan. — Je suis fou, je suis bouleversé. Regarde, regarde-la.
citron. — Je ne suis pas fâché de voir la mule rentrer en scène, d'abord pour lui payer un petit souvenir mulesque, ensuite parce que je n'aurais pas voulu qu'on vînt nous dire à la lin de la pièce : « Et la mule? »
don fernand. — Ma sœur, ce cavalier est celui qui a été mis en prison. Vous savez combien je lui dois. Je veux lui être agréable, aujourd'hui qu'il est libre. Parlez-lui, montrez-vous aimable. Je lui suis redevable de la vie.
leonarda. — Je me déclare prête à le servir en tout.
don fernand. — Ce sera le moyen, ma sœur, de payer à ce gentilhomme tout ce que nous lui devons.
leonarda. —Seigneur don Juan, après ce que vous avez fait pour nous, nous vous prions, mon frère et moi... [Bas, à don Juan. Je ne vous dis pas ce que vous savez bien, car il y a des témoins, et pas sûrs), nous voudrions vous en
AIMER SANS SAVOIR QUI
témoigner notre gratitude. Entrez, et reconnaissez cette maison1.
don juan, de même. — Cette faveur ne peut être reçue avec un amour moindre que celui qui vous est dû, et je dois croire que vous voulez par là me créer des obligations nouvelles. Je partais sans connaître mon bonheur. Mon étoile m'apporte tant de faveurs à la fois, qu'on dirait que ce n'est plus mon étoile. Je resterai donc aussi longtemps que vous le commanderez, en qualité de votre esclave.
leonarda. — J'aime ce dernier mot : le procédé est digne de vous.
don fernand, à Lisène. — Venez, madame, prendre possession de cette maison qui est vôtre.
lisène, à part. — L'amour est un rêve de l'âme.
don fernand. — Place! place!
lisène, à part. — Je venais disposée à la paix, et je ne trouve qu'ennuis. Tout est changé, et c'est encore la guerre, car don Juan m'a donné du poison par les yeux2.
(Sortent don Fernand et Lisène.)
leonarda, à don Juan, — Entrez, mon bien, car, vous aussi, vous prenez possession aujourd'hui.
don juan. — Mon âme et mes yeux sont à vos pieds, ô ma belle amie !
(Sortent Leonarda et don Juan.)
citron, à. Inès. — Votre Grâce n'a rien à me dire ?
inès. — A toi mon cœur.
citron. — Me voilà dans la maison.
INÈs. — j'y ai travaillé de mon mieux.
citron. — Savez-vous où est la mule0
inès. — Non.
citron. — Alors comment pourrai-je vous emmener, si nous allons nous marier au lieu de naissance de la mule? inès. — Vous n'avez donc plus peur du mariage ?
4 . Formule de politesse espagnole qu'il faut bien se garder de prendre au sérieux.
2. On n'insiste pas sur l'invraisemblance du rôle do Lisène; le tout pour ajouter un nouveau fil à l'intrigue.
citron. — Je sais comment obtenir la paix en Gastille. inès. — Ah! drôle de Séville !• citron. — Ah ! friponne de Tolède !