SCÈNE V
DON JUAN, CITRON
don juan. — Ici mon bonheur met fin à ses glorieux Commencements.
citron. — Que prétendez-vous faire ?
don juan. — Me rendre.
citron. — Vous rendre, et tout abandonner!
don juan. — As-tu vu la face lumineuse du soleil disparaître sous un noir nuage? Ne sais-tu pas que la tourmente furieuse engloutit quelquefois l'heureux navire à peu de distance du port? que la tempête d'août enlève quelquefois au laboureur les gerbes sur Taire, les épis sous le fléau? Mais l'agriculteur ne voit pas plantes et fleurs entraînées par les eaux débordées du ruisseau avec
AIMER SANS SAVOIR QUI
autant de désespoir que j'assiste à la perte de mes espérances. O folie de mon amour! Être au milieu de la faveur et pleurer l'absence?
citron. — Gomment, l'absence?
don juan. — Aujourd'hui je pars.
citron. — Que dites-vous?
don juan. — C'est forcé. Nous partons aujourd'hui pour Madrid.
citron. — Pour Madrid?
don juan. — Comment veux-tu, dis-moi, que je serve don Louis auprès de Leonarda que j'adore? D'un autre côté, comment mon honneur consentirait-il à trahir un homme à qui j'ai tant d'obligation? Je n'ai qu'une seule ressource... partir. Je vais prendre congé d'elle.
citron. — Allez, en attendant queje dispose les valises. — Beaux yeux d'Inès, hélas ! je ne vous verrai plus.