‹ Œuvres dramatiquesChapitre 240 sur 290 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Entre DON JUAN.

don juan. — Don Louis, mon seigneur, je vous ai aperçu de la fenêtre. Qu'y a-t-il?

don louis. — Ne m'avez-vous pas vu en ces lieux ?

don juan. — Je ne sais, en vérité. Né à Séville, je ne suis jamais venu à Tolède, et je ne saurais dire queje connais ce que je n'ai jamais vu.

don louis. — Ici, don Juan, c'est ici que respirent mes amours.

don juan, à part. — Et que réside ma crainte.

don louis. — Ayant appris que don Fernand vous avait emmené chez lui, je viens vous supplier de considérer que je meurs de désir et d'amour. Au risqiie de mon honneur et de ma vie, je vous ai tiré de prison, sans autre considération que de vous être utile. Vous habitez la maison de Leonarda; parlez-lui en ma faveur. Je me suis cru lié du jour où vous êtes entré en prison : si aujourd'hui vous vous croyez lié envers moi, vous récompenserez mon dévouement au centuple. J'ai imploré la pitié de mon père pour vous tirer de prison : faites preuve pour moi du même zèle. Leonarda n'ignore pas que je l'aime : veuillez le lui confirmer, et je me tiendrai pour bien payé. — Si elle demeure insensible à vos prières, je dirai qu'elle n'est pas un ange, qu'elle n'est qu'une femme.

don juan. — Seigneur, je suis obligé de vous servir en toute chose, et quoique celle-ci soit assez délicate, mon dévouement n'hésite pas. Vous avez été aimé de Leonarda, et vous n'êtes plus aussi heureux. D'où vient que vous avez moins de confiance? Est-ce de sa part inconstance ou souci jaloux? II est essentiel que je connaisse létat actuel de vos espérances, pour bien exécuter l'objet de ma mission. Vous allez connaître mon dévouement en ce que j'engage pour vous ma liberté. Gela vous sera expliqué

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quelque jour. Vous verrez qu'à défaut de puissance mon zèle a été grand, et vous conviendrez peut-être que j'ai largement payé ce que je vous devais.

don louis. — Si cela vous répugne, je retire ma demande, don Juan, car je ne voudrais pas d'un service que vous me rendriez à contre-cœur. La règle de l'amitié n'a pas d'exceptions.

don juan. — J'en conviens. Adieu... Plus tard, vous verrez non sans étonnement que, ami fidèle, j'ai considéré mes amours comme un mensonge, les vôtres comme une réalité.

don louis. — Par votre moyen, je pourrai voir tous les jours Leonarda.

don juan. — Je serai un complice plein de zèle et de foi.

don louts. — Prévenez-la donc que j'irai chez elle sous prétexte de vous voir.

don juan. — Je suis comme auparavant votre prisonnier.

don louis. — Eh bien, dans cette confiance j'ouvre mon cœur à l'espérance et à ses douceurs.

(Sortent don Louis et Dionis.)

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