‹ Œuvres dramatiquesChapitre 25 sur 290 · SCÈNE 'VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE 'VIII

. Entre CELIA, marquée au visage,

celia. — J'appelle de cette cruauté au souverain auteur des cieux, puisqu'il n'est pas de pitié à espérer sur% la terre.

don juan. — Que vois-je, ô ciel! Quelle affreuse méchanceté I Ah! je comprends, ma mère soupçonnait Zara, et elle l'a fait marquer au visage pour m'obliger à haïr ce que j'aimais. {A Celia.) Est-il bien possible ?

celia. — Hélas!

don juan. — Regarde bien, Carrillo.

carrillo. — Il n'y a pas de doute. — Eh! niais vous pâlissez... Quel trouble soudain?... Le mal ne regarde qu'elle. C'est un service qu'on vous a rendu en lui gâtant le visage. Cela va tempérer votre amour et diminuer ainsi le risque que courait votre honneur.

don juan. — Laisse-moi contempler, Carrillo, les roses de ces joues qu'ont flétries des mains cruelles, dignes d'être tranchées par le fer ou enchaînées dans Alger par le More. Ciel de roses que j'adore, que signifient les noires comètes qui éclipsent tes rayons d'or? Mais puisque ces roses empourprées sont baignées de ténèbres, vienne la nuit et la mort, et que s'achève du même coup leur lumière et ma vie. Celui qui, sur ce blanc papier, a inscrit de telles lettres ne se doutait pas que je veux, moi, y déposer mon âme et lui faire recevoir l'empreinte de ce fer. Viens, n'aie pas peur, imprime ce fer en moi.

(Il veut l'embrasser.)

celia. — Comment? si près?

donjuán. — L'amour m'inspire cette licence. celia. — Oui, mais il n'en est pas de même pour moi. donjuán. — Tu as raison. J'allais faire une sottise. Roses pures, attendez; je vais faire en sorte qu'il se rfe-

JOURNÉE II, SCÈNE IX. ol

pente de l'affront fait à votre beauté celui qui vous a flétries, sans respect pour votre éclat. Viens, Carrillo. carrillo. — - Où courez-vous?

don juan. — Je veux qu'elle soit mon épouse; naguère elle était bien belle, mais ces marques ajoutent encore à sa beauté,

carrillo. — Elle n'est pas chrétienne; c'est impossible.

don juan. — Je pourrai toujours faire du chagrin à Lisarda.

carrillo. — Cet affront à votre famille? Y songezvous?

don juan. — La passion ne regarde à rien. carrillo. — Patience, un moment, écoutez. don juan. — L'amour brave tout.

(Sort don Juan, accompagné de Carrillo.)

celia, seule. — Don Juan s'en va avec la pensée que ces marques sont véritables, et ce ne sont que l'effet de chimères, nées de la jalousie. Felisardo a tant de distinction* qu'il inspire l'amour sous tous les costumes. Belise, Lisarda et Flora l'aiment à qui mieux mieux. Qui aurait cru que d'un caprice pût naître le changement que nous voyons?

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