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SCÈNE IV

Entre TEODORA.

teodora. — Mille fois soit béni le moment qui nous amène Votre Altesse !

diane. — Madame, je disais tout à l'heure que j'aurais mieux fait de monter sur mon âne. Je serais arrivée à midi. Mais on m'a mis dans une maison à roues, et traînée par les chemins avec beaucoup de bruit et de poussière. Donnez-moi, s'il vous plaît, votre main, que je la baise.

teodora, à part. — Qu'est-ce que cela signifie, Camilo?

1. Allí señala las dos. Intraduisible. — Las dos, mot à mot, «les deux, » ce qui peut s'entendre de toutes choses , mais c'est en même temps un idiotisme qui veut dire « deux heures. »

516 LA FAUSSE INGÉNUE

camilo. — C'est la langue et le style villageois. Mais, rassurez-vous : il faut à tout un commencement.

ïeodora. — C'est juste. — [A part.) Qu'en dis-tu, Julio?

julio. — Qu'ici l'âme est à l'unisson du corps, et que nous pouvons être sans inquiétude sur nos projets. L'épaisseur de son entendement la condamnera en justice, ou le procès n'aura pas de fin. Il serait absurde, madame, de faire duchesse d'Urbin une personne incapable de gouverner.

teodora, à part. — Je sens renaître mes espérances.

Diane. — Comme Votre Grâce est brave. Mais, dites-moi, est-ce que je n'en aurai pas un comme cela, moi?

Teodora. — Tout à l'heure, señora mia, vos dames vont vous présenter toilettes et joyaux.

diane. — Pas possible.

teodora, à part. — Elle est stupide t [Haut.) Allons. Diane, venez prendre possession de votre palais. [A part, à Julio.) Je l'enverrais bien plus volontiers à l'auberge.

julio. — Et moi à l'écurie.

camilo, dune voix sourde. — Je suis furieux !

julio, à part. — Je suis confondu.

fabio. — Voici venir Laura et Fenisa.

(Entrent Laura et Fenisa.)

teodora. — Laura, tu vas te charger de friser les cheveux de Son Altesse; et toi, Fenisa,- tu sèmeras l'or et les diamants sur sa personne, de la tète jusqu'aux pieds.

laura. — Nous allons donner tous nos soins à habiller Son Altesse, et à faire sa toilette.

diane. — L'habitude de garder les oies dans le pré m'a rendu les cheveux un peu rudes et rebelles au démêloir.

teodora, à part. — Elle est bonne, la duchesse que tu nous as amenée, Camilo !

camilo. — Ma confusion dit assez ce que j'éprouve.

teodora, aux suivantes. ■ — Vous, demeurez ici. [A par!, à Julio.) Suis-moi, Julio; le sourire qui parle par mes yeux le dit assez le contentement que j'éprouve.

(Sortent Teodora et Julio.)

camilo.-— Maintenant que Votre Altesse est arrivée dans

son palais, il est juste qu'elle prenne quoique repos. Plus tard, je l'entretiendrai plus à loisir des affaires de l'État.

Diane. — Est-ce que je ne vais pas bientôt m'en retourner chez nous?

Camilo. — Non pas avant de connaître le jugement qui sera rendu.

(Sortent Camilo, Liseno et les gens de la suite.)

diane, à Fabio. — Holà! mon gentilhomme!

fabio. — Est-ce à moi que s'adresse Votre Altesse ?

diane. — J'aurais un mot à vous dire. Et vous, mesdames, allez vous occuper de mon appartement. Voilà que je parle déjà comme une grande dame.

laura. — Seul, l'air du palais, qu'a déjà respiré Votre Altesse, accomplira de plus grands miracles.

(Sortent Laura et Fenisa.)

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