‹ Œuvres dramatiquesChapitre 265 sur 290 · SCÈNE IV Entre CAMILO · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Entre CAMILO

Camilo. — Je suis charmé de vous rencontrer seul, ayant à vous entretenir.

julio. — Vous connaissez mes sentiments, et combien je suis à votre service.

camilo. — Nous avons tous deux servi Teodora, mon cher Julio, et si à ce sujet il s'est élevé entre nous quelque discorde, étant, comme nous le sommes, parents et amis, il faut espérer que la jalousie n'amènera plus les folies d'autrefois, car l'oubli m'a vengé de Teodora. Je viens d'avoir un entretien avec Diane, et je n'ai pas trouvé en elle un jugement aussi troublé que je le pensais. Elle était avec son secrétaire, répondant aux princes qui ont prétendu à la main de Teodora, et qui lui ont adressé des félicitations. — Ici, Julio, prête-moi, je te prie, une oreille attentive.

julio. — J'écoute de toutes mes oreilles.

camilo. — Je dis donc que si ce duché doit tomber aux mains d'un étranger ou d'un voisin, qui, comme tel, ne me verra que de mauvais œil, il vaut mieux qu'il tombe aux miennes. Pour devenir duc d'Urbin, je ne regarde pas à l'intérieur de ce rustique édifice. Mais je ne recherche pas Diane pour qu'elle écrive des livres, ou pour lui demander des conseils que je n'ai jamais demandés à une femme. Tu aimes Teodora, et jamais amant n'a vu au delà de la satisfaction de son goût. Seconde donc mon dessein, car en amant bien né tu ne peux renoncer à elle l. Ces»

4. Ce Camilo, donné comme un si grand politique, me paraît bien naïf et diplomate médiocre.

ce qui me fait aspirer au titre de duc d'Urbin. Si tu te montres favorable à mes projets, si Ces projets réussissent, tu pourras disposer de tout dans mes États.

julio. — Je regrette fort, noble Camilo, qu'avec tant d'esprit vous puissiez croire que l'amour, surtout un amour simulé, puisse l'emporter sur un intérêt aussi grand que celui d'être duc d'Urbin. Quand j'aimais Teodora, mes desseins pouvaient s'appuyer sur cette considération qu'elle était la seule héritière possible. Mais quoi! c'est Diane qui l'est maintenant. Gomment donc serais-je assez simple pour renoncer à l'espoir d'un succès que je n'ai jamais abandonné? Y a-t-il beauté assez parfaite, esprit assez rare, charmes assez puissants, pour s'emparer d'unhomme au point de le faire renoncer à un grand État pour un bien qui n'a jamais été qu'une victoire imaginaire, l'éclair d'un moment; — qui, la passion une fois satisfaite, traîne après lui d'inévitables regrets ? Un ami ne doit demander que ce qui est possible. Servir l'amitié contre soi-même serait de la folie, non de la raison. Mes amours avec Teodora ont été ébauchés à peine; la fortune ayant changéde face, mon amour a changé d'objet1. Diane avec sa simplicité rustique me paraît préférable à Teodora avec tout son esprit : car, selon le mot d'un philosophe, il n'est pas de plus odieux tyran qu'une femme, lorsque, dans l'orgueil de son esprit, elle prétend gouverner son mari. Tout ce qu'elles ont à savoir se réduit à faire des enfants et à les élever2. Diane est belle; il me suffit qu'elle sache élever les miens.

camilo. — Je n'attendais pas de votre loyauté une réponse aussi inconsidérée; mais votre réponse a été toute pareille à votre amitié. Après tout, pouvais-je espérer rien de mieux d'un homme qui rompt les obligations sacrées qu'il avait envers une femme? Mais votre but n'est pas en-

1. C'est à peine si l'on s'avouerait à soi-même un tel degré d'impudence, à plus forte raison ne saurait -on en faire parade. La pièce faiblit beaucoup dans cette seconde journée.

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