‹ Œuvres dramatiquesChapitre 279 sur 290 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Entrent TEODORA et CAMILO, sans apercevoir DIANE.

teodora. — Comment voir, sans inquiétude, entrer chaque jour tant de troupes dans la ville, avec leurs armes, leurs devises? On n'entend que trompettes et tambours. L'artillerie est pointée sur les remparts; les postes sont occupés par des gardes.

Camilo. — Ceux qui croient à la simplicité de Diane peuvent faire de tout cela un objet de risée; mais celui qui, d'après d'autres symptômes, estime que ces préparatifs pourraient bien être faits d'après les conseils de quelqu'habile qui aspire en secret à devenir duc d'Urbin, celui-là redoute ici quelque mystère.

teodora, bas à Camilo. — Mais j'aperçois ensemble Julio et Diane.

camilo. — Cela s'appelle du dévouement!

teodora. — C'est un dénouement feint.

julto, bas d Diane. — Je vous ai dit ce que je pensais.

diane. — Pourquoi supposer un bul caché à ces troupes qu'amène Octave?

julio. — Parce qu'on ne peut se persuader. Madame, que vous vouliez sérieusement faire la guerre au Turc.

diane. — Voulez- vous queje vous parle franchement?

julio. — C'est mon vœu le plus cher.

diane. — Mais vous me garderez le secret !

julio. — Confiez-vous à ma loyauté!

diane. — Eh bien, Julio, je crains que Teodora, mon ennemie, ne vous veuille du bien.

julio. — Son affection a cessé depuis qu'Octave lui fait la cour.

diane. — Est-ce Octave qui la fait, ou bien elle qui la fait à Octave?

julio. — C'est une pure question d'intérêt; elle voudrait le gagner à sa cause.

diane. — Je voudrais me marier, Julio, jJai fait à ce sujet des ouvertures à Octave; mais, comme il a de l'in-

LA FAUSSE INGÉNUE

clination pour Teodora, c'est vous qu'il me conseille de prendre pour époux.

julio. — Octave est la noblesse même... Quel autre que lui pourrait à ce point favoriser mes espérances? Quelle façon d'agir! Quel gentilhomme parfait! Ah! mon affection pour lui le méritait bien.

Diane. — Laissez-moi un moment, Julio, je vois que Camilo voudrait me parler.

(Julio se retire à l'écart, pendant que Camilo confère avec Diane.)

camilo. — Je disais tcut-à-l'heure à Teodora, illustrissime señora, que vous nous cachez le but qui vous fait lever toutes ces bannières. Si je mérite votre confiance, moi qui ai joué ma vie en allant vous chercher dans votre village, dites- moi votre pensée. Que prétendez-vous faire de tant de troupes, car, vous ne l'ignorez pas, chaque jour ajoute à nos craintes.

Diane. — Je commence à me former, mais pas assez pour qu'on me comprenne.

camilo. — Vos énigmes, je le crains, ne sont pas moins sinistres que celles du sphinx de Thèbes.

Diane. — Je n'entends rien à la philosophie. Tout ce que je sais, c'est que, seule, réduite à moi-même, et n'étant ni Artesa, ni Artémise, je ne saurai pas me gouverner. Octave m'engageait à jeter les yeux sur vous.

camilo. — Octave ne fait que rendre justice à mon zèle extrême. Qu'il avait bonne grâce, hier, à la tète de ses troupes ! Dans les arts de la paix, comme dans les arts de la guerre, l'Italie n'a jamais eu son égal. Mais vous, Madame, qu'avez-vous répondu à Octave?

diane. — Que, pour que vous soyez reçu avec plus de faveur par le peuple d'Urbin, j'exposerais vos mérites devant le sénat, et lui ferais connaître ma préférence.

camilo. — Teodora et Julio nous regardent; sans cela, déjà à vos pieds... *.

diane. — Contenez-vous, et si vous m'aimez, du silence !

camilo. — Je vais entretenir leurs illusions. Pour vous.

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