SCÈNE IV
Entre JULIO.
julio. — Avant d'avoir vu la réunion de toutes ces bannières, la ville d'Urbin, Madame, ne pouvait croire à la réalité de la guerre qu'elle redoute aujourd'hui. Toute la cité s'émeut de ce que, en si peu de temps, et sans nécessité, vous ayez réuni de si nombreuses troupes; cela donne lieu à des murmures et à des suppositions malveillantes. Le bruit court, il est vrai, que vous allez combattre le Turc; mais cette nouvelle n'a été accueillie qu'avec un sourire par le sénat, et avec indignation par le peuple. Votre Altesse peut se fier à moi qui suis à ses pieds et qui l'adore. Si donc vous croyez devoir me confier vos desseins, je vous promets fidélité et secret.
dune. — Julio, la ville d'Urbin saura bientôt si mes projets sont sagesse ou folie, comme le prétend Teodora. Le Turc a déjà mis à la voile pour venir attaquer mes États, et le sénat trouve ridicule que je réunisse des troupes ! Mais la faute en est mienne. Si je m'étais mariée à Milan, à Parme, ou à Ferrare, la question eut été vidée entre le Turc et mon époux, et la réunion de mes bannières, qu'elle soit sérieuse ou non, n'aurait pas semé l'effroi dans la cité.
julio. — Madame, à parler franchement, comme il vous échappe souvent de dire des choses d'esprit et de sons, nous ne pouvons nous persuader qu'un appareil de force qui nous épouvante soit purement l'effet de votre innocence. On ne peut accorder ensemble la sottise et l'esprit, la folie et la raison.
Diane. — Parfaitement, si l'on suppose que je tiens l'une du village, et l'autre de l'esprit de mon pore.
(Ils s'entretiennent à voix basse.)