SCÈNE XI
Entre CELIA, FELISARDO, les bras chargés de Belise.
celia. — Où donc vas-tu comme cela?
felisardo. — Je vais déposer sur son lit cette image de la mort, que semble abandonner la source de la vie. Flora me l'a commandé, car elle vient de s'évanouir, et après tout, c'est ma maîtresse.
celia. — Ta maîtresse, c'est le mot, car tu parais bien l'aimer maintenant.
felisardo. — Je ne voudrais pas lui ressembler... Ne vois-tu pas dans quel état elle se trouve?
celia. — Ah! cruel Felisardo! tu t'es montré jaloux quand je te gardais la fidélité la plus entière! Ah! c'est moi plutôt qui avais de justes motifs de jalousie quand je me vois si gravement offensée !
felisardo. — J'accomplis, ma Gélia, les devoirs que m'impose cet habit d'emprunt; il ne peut être question d'offense. Tout à l'heure, cette folle capricieuse a prétendu qu'elle allait mourir de la piqûre d'un cousin; on m'a commandé de la prendre...
celia. — Je ne veux pas même que tu la touches.
felisa h do. — Gomment? dans l'état où tu la vois, tu voudrais que je la laisse ici?...
celia. — Oui, pour me faire plaisir, et non, si ce n'est pas le tien. Pouvais-je penser de voir jamais une autre femme dans tes bras?
felisardo. — Mais elle est morte.
celia. — Morte?
felisardo. — C'est bien certain.
celia. — Emporte-la et mets-la en morceaux dans ce corridor.
oG LES CAPRICES DE BELISE.
felisardo. — Je ne demanderais pas mieux; car elle me déleste autant que m'aime sa mère. Aujourd'hui, si je voulais, je pourrais devenir maître de toute sa fortune; mais j'espère lui jouer un tour.
celia. — Je ne vois guère d'issue à notre bonheur. Ah ! Felisardo, que pouvons-nous espérer, maintenant que nous voilà marqués? Quand verrons-nous la fin d'aventures si malheureuses !
felisardo. — A quoi vas-tu songer maintenant'? Ne vois-tu pas queje me fatigues?
celia. — Lâche-la et viens tout doucement dans ma chambre pour nous entretenir de nos affaires. On n'ira pas maintenant demander après toi.
felisardo. — Adopté ! Je la laisse ici.
(Il dépose à terre Belise.)
celia. — Allons, viens.
felisardo. — Elle est, ma foi, sans aucun sentiment.
(Sortent Celia et Felisardo.)