‹ Œuvres dramatiquesChapitre 38 sur 290 · Voyez l'Eau ferrée de Madrid · texte numérisé non relu

Voyez l'Eau ferrée de Madrid

main si rude et si calleuse; j'ai six chevaux à étriller, c'est ce qui Ta mise en cet état.

belise. — Elle me fait du bien, Pedro.

felisardo. — Mais si je vous fais du bien, madame, pourquoi m'avoir récompensé de ce bien en me mettant au carcan? Pourquoi me traiter ainsi, si je suis votre médecin ?

belise. — Parce que si tu nous quittes, je renonce à la vie sans toi.

felisardo. — Quel est l'esclave irréprochable à qui l'on inflige la marque et le carcan?

belise. — Jésus! serre-moi bien fort, et ne demande pas d'excuse. Ici, ici!... Oh! que je souffre!

felisardo. — De quoi souffre Votre Grâce?

belise. — Du désir d'accorder des grâces à qui ne demande pas même une faveur.

felisardo. — Quelle est cette espèce de douleur?

belise. — Je ne sais, en vérité. Il m'entre par les yeux de petits atomes, si petits, que c'est à peine si le soleil les voit. Des yeux ils pénètrent jusqu'à mon cœur, qu'ils chatouillent avec une sensation agréable.

. felisardo. — Que je vous plains!

belise. — Plains mon état.

felisardo. — Je me plains encore plus moi-même, moi qui, à cause de vous, porte un carcan.

belise. — Eh bien! n'en sois pas fâché, car moi je le porte à cause de toi. — Qu'ai-je dit? Jésus! Où suis-je? Je suis insensée, je suis folle. O malheur! Je me meurs! Serre-moi la main, vite.

felisardo. — La voilà évanouie. Vit-on jamais chose pareille! De honte, probablement. Il n'est pas difficile de deviner la nature de son mal. Mais, mon pauvre Felisardo, que peux-tu faire? quel remède peux-tu lui donner?

(Entre Celia.)

celia. — Votre Seigneurie en possède d'excellents. felisardo. — Moi! Lesquels?

CELIA. — Quand on a donné sa main, que peut-on refuser ensuite?

felisardo. — Que ton amour est taquin !

LES CAPRICES DE BELISE

celia. — Taquin, peut-être; maisJmpur, non. Ah ! Felisardo, quels ennuis! Penses-tu que je consente à demeurer plus longtemps ici, exposée à me voir agacer sans cesse par les libertés rares que tu prends '? Don Juan m'aime; je ferai en sorte qu'aujourd'hui iu me voies dans ses bras.

fe lis ardo. — Tu veux la mort d'un homme innocent qui est en butte à tant de persécutions par ta faute. Cette folle fantasque, ma chérie, brûle de me faire entendre ses dispositions, ayant sans doute appris qui je suis, ou l'ayant deviné. C'est malgré moi que je suis chez elle, que j'exerce la profession de médecin. Tout à l'heure elle m'a pris la main, et m'a mis au doigt ce diamant. Ne t'afflige pas de vaines chimères. Ce diamant, je te le présente comme dépouille de sa folie ridicule que mon âme rend à ta beauté. Prends ce diamant, ma Celia, et retiretoi* avant qu'elle ait repris ses sens.

celia. — M'en aller d'ici? Quelque sotte... Non, dût-on m'oifrir l'univers. Au diantre toi et ton diamant!

felisardo. — Eh bien! veux-tu que ce soit moi?

celia. — Oui; car si l'amour Ta fait se pâmer, je veux qu'elle trouve en toi la dureté de la pierre, pendant que mon repos est désormais assuré.

felisardo. — Eh bien ! je m'en vais; car ta volonté fait ma loi.

relise, à part. — Ai-je bien entendu? Qu'attend encore ma folle erreur? Assez, assez! {Haut.) Ah! je me meurs!

celia. — De quoi souffrez-vous, madame?

belise. — 0 trouble de mon allégresse! nuage qiii obscurcis mon soleil! — Ma mère! ma mère! Flora! Holà! quelqu'un ! nos gens!

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