SCÈNE II
DIANE, OTAVIO.
Diane. — Si le fait vient à se vérifier, pas un des coupables ne restera chez moi.
OTAVio. — Vous ferez très-bien; ils ont trompé votre confiance, et troublé votre repos. Mais, bien que j'aie tort, surtout en ce moment, de toucher un sujet qui vous déplaît, je dois vous le dire, madame, c'est votre obstination mal fondée à ne pas vouloir vous remarier, qui est la cause de toutes ces folies : on prend tous les moyens pour vous obliger à aimer.
Diane. — Savez-vous une chose?
otavio. — Moi, madame, je ne sais rien, si ce n'est que vous avez la réputation d'être aussi difficile que belle. Il en est aussi plus d'un que le comté de Belflor fait soupirer.
(Rentre Fabio.)
fabio. — Voilà le chapeau; je l'ai trouvé; mais il est bien mauvais.
Diane. — Vovons. (Avec dégoût). Qu'est-ce que tu portes là?
fabio. — Je ne sais, mais c'est bien celui que le galant a jeté sur la lampe.
Diane. — Celui-là?
otavio. — Je n'ai rien vu de plus sale.
fabio. — C'est bien celui-là pourtant.
Diane. — C'est là ce que tu as trouvé 0
fabio. — Voudrais-je donc tromper madame?
otavio. — Voilà, ma foi. de belles plumos!
fabio. — Quelque voleur, sans doute.
otavio. — On doit être venu pour voler.
diane. — Vous me ferez perdre le sens.
fabio. — J'affirme qu'il ajelé ce chapeau.
diane. — Et ces plumes que j'ai vues, moi, et en si grande quantité, que sont-elles devenues ?%
fabio. — Comme il a jeté son chapeau sur la lampe,
elles se seront brûlées, apparemment, en flambant comme des étoupes. Icare ayant voulu s'approcher du soleil, il se brûla les plumes et tomba dans la mer. C'est la même histoire : Icare, c'est le chapeau; le soleil, c'est la lampe qui aura mis le feu aux plumes, et j'ai retrouvé le reste sur l'escalier.
Diane. — Je ne suis pas d'humeur à plaisanter, Fabio. Tout cela donne beaucoup à réfléchir.
otavio. — Nous avons tout le temps de connaître la vérité.
Diane. — Gomment ferez-vous, Otavio?
otavio. — Allez vous reposer maintenant; demain tout s'éclaircira.
Diane. — Non, comme je suis Diane, comtesse de Belilor, je ne me coucherai pas que je ne sache ce qui en est. Qu'on appelle toutes nies femmes.
(Sort Fabio.)
otavio. — Cela s'appelle bien employer la nuit.
Diane. — Comment goûterais-jele repos, quand je songe qu'un homme a osé s'introduire dans ma maison?
otavio. — Il serait plus sage d'aller aux informations, et de faire secrètement des recherches.
Diane. — Vous êtes, Otavio, d'une prudence admirable, et il y paraît, quand vous proposez de dormir sur un secret.