ACTE I, SCÈNE II
L'Ambassadeur.
Je m'expliquerai en peu de mots. Dernièrement, Votre Grandeur a expédié en France des députés chargés de récla-" mer certains duchés, comme appartenant à votre illustre prédécesseur, le roi Edouard, le troisième. En réponse à cette réclamation, le Prince, notre maître, déclare que votre jeunesse vous abuse. 11 vous avertit qu'on ne gagne rien en France à danser allègrement la gaillarde, et que vous ne sauriez continuer vos orgies dans nos duchés. Conséquemment il vous envoie, comme plus approprié à votre caractère, ce tonneau contenant des trésors, et vous prie, en échange, de ne plus penser aux duchés que vous réclamez et de ne plus l'importuner de votre personne. Ainsi parle le Dauphin.
Le Roi Henry.
En quoi consiste ce trésor, mon oncle?
En balles de tennis, mon suzerain *.
Le Roi.
Nous nous réjouissons de voir le Dauphin si plaisant avec nous -, tout en vous remerciant du présent et de la peine. Quand nous aurons ajusté nos raquettes à ces balles nous irons en France et, avec la grâce de Dieu, nous jouerons un jeu qui pourrait bien ébranler la couronne de son père. Dites-lui qu'il a provoqué un adversaire lequel, avec ses chasses ^, est capable de jeter la perturbation dans toute la Cour de France. Je m'explique qu'il nous reproche nos jours de dissipation ; mais il ne se rend pas compte de l'usage que nous en avons fait. Nous accordions peu de valeur à ce pauvre trône d'Angleterre, c'est pourquoi nous vivions loin de lui, tout à des dérèglements barbares. Ainsi le veut l'habitude : les hommes sont plus gais hors de chez eux. Mais prévenez le Dauphin que je maintiendrai mon rang, que j'agirai en roi, que je déploierai la voile de sa grandeur, quand j'aurai repris possession de mon trône de France. C'est dans ce but que j'ai fait bon marché de ma majesté et pioché comme un homme à la tâche. Mais je me lèverai dans l'éclat de ma gloire ; elle éblouira les yeux de la France et, à la
1 . Dans l'ancienne pièce le présent consiste en des balles de tennis et un tapis.