‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 216 sur 414 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

En France. Devant Bordeaux.

Entre TALBOT, avec ses troupes.

Talbot.

Trompette, va aux portes de Bordeaux, et somme le général de paraître sur les remparts.

(Le trompette sonne au parlementaire. Paraissent sur les m,urs, LE GENERAL, des troupes françaises et autres).

Capitaines, l'Anglais John Talbot, servant dans les armées du roi d'Angleterre, vous appelle et voici ce qu'il dit : Ouvrez les portes de votre ville, faites soumission, reconnaissez mon souverain comme vôtre, rendez-lui hommage en obéissants sujets, alors je me retirerai, moi et mes troupes sanguinaires. Si vous refusez la paix que je vous propose, vous provoquerez la colère de mes trois assistants, la maigre famine, l'acier tranchant, et le feu, qui, dans un moment, feront s'écrouler vos tours orgueilleuses jusqu'au ras de la terre. Acceptez donc nos offres d'amitié.

Le Général.

Hibou de mort, redoutable et de mauvais augure, ô toi la terreur de notre nation, son fléau sanguinaire, la fin de ta tyrannie approche ! Seul ton cadavre pourrait entrer chez nous, car, je te l'afiirrae, nous sommes bien fortifiés et assez forts pour tenter une sortie et combattre. Si tu te retires, le Dauphin, bien soutenu, a tendu des filets dans lesquels tu t'empêtreras. A ta droite et à ta gauche, des escadrons sont postés, formant une muraille pour t'enlever la liberté de fuir. Pas un chemin que tu puisses prendre; partout t'attend la mort avec ses ravages, partout tu rencontreras la pâle destruction. Dix mille Français ont juré de ne faire feu de leur dangereuse artillerie que sur une seule tête chrétienne, celle de Talbot. Tu te tiens devant nous, comme un vaillant en vie, un cœur invincible; c'est la dernière fois que l'on fait l'éloge de ta gloire, la dernière fois que moi, ton ennemi, je te rends l'hommage qui t'est dû. Avant que le sablier presque plein ait compté son heure, ces yeux, qui maintenant te voient en bonne santé, te contempleront flétri, sanglant, paie et mort !

(Roulements de tambour au loin).

Ecoute ! Ecoute ! Le tambour du Dauphin ! C'est une cloche d'alarme sonnant le glas de ton âme effrayée; mon tambour va annoncer ton terrible trépas.

{Le Général et sa suite quittent les murs). Talbot.

Il ne ment pas, j'entends l'ennemi!... Que des cavahers alertes aillent reconnaître leurs ailes. Ohl négligente, inattentive discipline! Nous sommes cernés, immobilisés! Un petit troupeau de daims anglais, tenu en échec par une meute glapissante de matins français! Si nous sommes des daims anglais, ayons du moins leur ardeur; ne nous laissons pas assimiler à ces pauvres daims' que la moindre atteinte fait tomber; plutôt à des cerfs irrités, désespérés, tenant tête aux chiens sanguinaires, et mettant les lâches aux abois ! Que chaque homme vende sa vie aussi chère que la mienne, et nous deviendrons des daims qu'ils paieront cher-. Dieu et saint George! Talbot et le droit de l'Angleterre! Que nos couleurs prospèrent dans ce dangereux combat !

(Ils sortent).

i. Not rascal-like. On appelle rascal, en terme de chasse, un daim maigre.

2. And they shall find dear deer of us, my friends. L'auteur joue sur les mots dear (cher) et deer (daim).

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