ACTE II, SCÈNE III
Marguerite.
Mon bon lord, j'ai précisément quitté la Cour pour assister à l'issue de la querelle.
Le Roi Henry.
Au nom de Dieu, voyez si les barrières sont placées et si tout est prêt. Qu'ils en finissent et Dieu défende le bon droit I York.
Je n'ai jamais vu un gaillard dans de plus mauvaises dispositions, plus effrayé à l'idée de se battre, que l'appelant, l'apprenti de cet armurier.
{Entrentd'uncôté, EOB.NER ef ses VOISINS buvant avec lui à tel pointqu'il est ivre. Il porte son bâton avec un panier de sable au bout^. Devant lui marche un tambour. De l'autre côté, paraît PIERRE, précédé d'un tambour et portant un bâton semblable à celui de Horner. Il est accompagné d'apprentis qui boivent à sa santé).
Premier Voisin.
Voisin Horner, je bois à vous une coupe de Xérès. Et n'ayez pas peur, voisin, ça finira bien ! Deuxième Voisin.
Voisin, une coupe de Charneco - !
Troisième Voisin.
Un pot de bonne double bière, voisin ! Buvez et n'ayez pas peur de votre homme.
Horner.
Qu'il vienne, sur ma foi, et je vous fais raison à tous. Et la ligue pour Pierre !
Premier Apprenti.
Pierre, je bois à toi, ne sois pas effrayé.
1. Suivant les vieilles lois du duel, les chevaliers se battaient avec la lance et l'épée ; ceux d'un rang inférieur, avec un bâton à l'extrémité duquel était fixé un sac rempli de sable. Hudibrasafait allusion a cette coutume dans ces vers humoristiques :
Engag'd ivith money-bags, as hold As men with sand-bags did of old.
Un passage de saint Ghrysostome prouve l'antiquité de cette pratique,
2. Le Charneco était une sorte de vin doux. On lit dans un pamphlet intitulé : London Monster, called the Black Dog ofNewgaie^ et datant de 1612 : « Les uns boivent levin sec d'Orléans, 'd'autres du vin de Gascogne, d'autres du vin de Bordeaux. Là on ne manque ni de Sherry, ni de Xérès, ni de Charneco, ni de Maligo, ni de Candie, couleur d'ambre, ni d'Hypocras. En Espagne, le Charneco est une sorte de pistachier thérébinthe. J'imagine que les habitants font du vin avec cet arbre, à moins que le vin soit appelé Charneco uniquement parce que sa saveur rappelle celle du thérébinthe ».
Le vin de Charneco était très répandu. Il est cité par nombre d'auteurs.
Deuxième Apprenti.
Sois gai, Pierre, et n'aie pas peur de ton maître. Bats-toi pour l'honneur des apprentis.
Pierre.
Je vous remercie. Buvez et priez pour moi, je vous prie, car je crois bien avoir bu mon dernier coup dans ce monde. Ecoute, Robin, si je meurs, je te donne mon tablier... Will, tu auras mon marteau... Tom prendra tout ce que j'ai d'argent... Je prie Dieu que le Seigneur me bénisse, car jamais je serai capable de lutter avec mon maître qui sait déjà tant de choses à l'escrime !
Allons, laissez vos boissons et arrivez-en aux coups. Coquin, quel est ton nom?
Pierre.
Pierre, en vérité !
Pierre. Et après 2 Thump.
Salisbury.
Pierre.
Salisbury.
Thump ! Alors tâche de bien frapper ton maître^
Horner.
Mes maîtres, je suis venu ici, comme qui dirait sur l'instigation de mon apprenti, pour prouver qu'il est un coquin et moi un honnête homme. Quant au duc d'York, que je meure si jamais j'ai dit aucun mal de lui, du roi, de la reine 1 Donc, Pierre, je vais te porter carrément un coup comme Bévis de Southampton en porta un à Ascapart*. York.
Dépêchez-vous. La langue de ce drôle commence à s'embarrasser. Sonnez trompettes et donnez le signal aux combattants.
{Fanfare. Ils se battent. Pierre renverse son maître). Borner.
Arrête, Pierre, arrête ! Je confesse, je confesse la trahison!
[Il meurt).
York.
Enlevez-lui son arme. Amj, remercie Dieu et le bon vin qui ont vaincu ton maître.