‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 7 sur 414 · ACTE I, SCÈNE I H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I H

Kent.

Porte-toi bien, roi. Puisqu'il en est ainsi, la liberté est ailleurs et ici le bannissement. {A Cordélia). Que les dieux te protègent, jeune fille, pour avoir pensé si juste et si bien dit ! (A Goneril et à Régané) . Puissent vos actions conflrmer vos paroles, et de bons effets résulter de vos protestations ! Sur ce, princes, Kent vous dit adieu. Il continuera sa vieille existence dans un pays nouveau 1

{Il sort).

[Rentre GLOCESTER avec LE ROI DE FRANCE, LE DUC DE BOURGOGNE et leur suite). Voici France et Bourgogne, mon noble seigneur.

Lear.

Messire de Bourgogne, nous nous adressons d'abord à vous, qui, au roi de France, disputez notre fille I Quelle dot exigez-vous pour poursuivre votre cour?

Le Duc DE Bourgogne.

Très royale Majesté, je réclame uniquement ce qu'a offert votre Altesse, sachant que votre tendresse ne donnera pas moins.

Lear.

Très noble Bourgogne, lorsque Cordélia était chère à notre cœur, nous devions, en effet, lui donner ce que vous savez. A cette heure son prix a changé. La voici devant vous. Si quelque chose ou l'ensemble de cette petite personne spécieuse, seulement riche de notre déplaisir, peut convenir à votre Grâce, elle est à vous. Le Duc de Bourgogne.

Je ne trouve pas de réponse.

Lear.

Messire, avec ses défauts, privée d'amis, nouvellement détestée de nous, sans autre dot que notre malédiction, n'étant plus pour nous qu'une étrangère, nous l'avons juré, la prenez-vous ou la laissez-vous ?

Le Duc de Bourgogne.

Pardonnez-moi, royal seigneur, on ne fait pas un choix dans de telles conditions.

Lear.

Alors laissez-là, car par la puissance qui m'a fait ce que je suis, je vous ai dit tout ce qu'elle possédait. [Au roi de France). Quant à vous, grand roi, je serais désolé de perdre votre affection en vous mariant à ce que je déteste. Je vous supplie donc de chercher une femme plus digne de vous, que cette coquine dont rougit la nature. Le Roi de France.

Chose étrange ! Tout à l'heure encore elle était votre pré-

férée, l'objet de vos louanges, la consolation de votre vieillesse, la meilleure et la plus chérie de vos filles, comment, si vite, a-t-elle pu commettre un forfait assez horrible pour perdre tant d'avantages I Sûrement sa faute doit être extraordinaire au point d'en devenir monstrueuse*, pour que votre affection se soit transformée en mépris. Pour croire pareille chose d'elle il faudrait une foi que, sans un miracle, la raison ne saurait m'inculquer.

CORDÉLIA

Si mon tort est de ne point savoir flatter, de ne pas parler au hasard, de bien agir au lieu de bien dire, je supplie votre Majesté de faire connaître qu'il ne faut pas attribuer à une vilaine action ou à un fait déshonorant la perte de votre faveur. La faute qui me disgracie consiste à ne point savoir solliciter du regard ou flatter de la langue. C'est une faute dont je me félicite, bien qu'elle me coûte votre affection. Lear.

Mieux vaudrait n'être jamais née, que m'avoir à ce point déplu I

Le Roi de France.

N'est-ce que cela? La timidité d'une nature qui s'exprime mal? Messire de Bourgogne, que répondez-vous à cette dame? L'amour n'est plus de l'amour quand il s'attarde à des considérations étrangères à son but. La prenez-vous ? Elle vaut tout un douaire.

Le Duc de Bourgogne.

Royal Lear, ne donnez qu'une partie de ce que vous avez promis ; je prends la main de Cordélia et je la fais duchesse de Bourgogne.

Lear.

Je ne donnerai rien! Je l'ai juré, je tiendrai ma parole.

Le Duc de Bourgogne.

Il me reste donc à déplorer qu'ayant perdu un père, vous perdiez un époux.

Cordélia.

Que la paix soit avec vous ! Puisque son amour dépend de ma fortune, je ne serai point sa femme. Le Roi de France. Belle Cordélia, pauvre, tu es la plus riche ; abandonnée, la plus enviable; méprisée, la plus digne d'amour. Je m'empare de toi et de tes qualités! Qu'il me soit permis de prendre ce qu'on répudie. Dieux! dieux! n'est-il pas surprenant qu'à leur froid dédain mon amour ait allumé une passion

1. That monsters it. V'oici encore un exemple de la facilité avec laquelle Shakespeare invente des verbes. Nous avons déjà rencontré le même dans Coriolan -.

To hear my yxothinys monster'd.

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