‹ Œuvres dramatiques. Traduction, entièrement conforme au texte anglaisChapitre 98 sur 414 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Ely.

Il aime sincèrement la sainte Eglise.

Canterbury.

Les écarts de sa jeunesse ne permettaient pas d'y compter. Mais, aussitôt que son père a rendu le dernier soupir, il a semblé que l'extravagance du prince, en lui mortifiée, mourait aussi. A partir de ce moment le respect de lui-même s'est réveillé, comme si un ange était venu chasser le pécheur Adam, pour que son corps fût un paradis réservé aux esprits célestes. Jamais on ne vit plus soudain prosélytisme; jamais réforme versée à flots * emporta tant de fautes dans son courant; jamais le déportement aux têtes d'Hydre ne fut plus vite vaincu et pour toujours que chez ce roi.

Ely.

Changement qui a été une bénédiction pour nous ! Canterbury.

Ecoutez-le raisonner théologie ; vous serez stupéfait et souhaiterez intérieurement que le roi devienne un prélat. Discute-t-il sur les affaires de l'Etat? Vous croirez qu'il n'a jamais étudié autre chose. Parle-t-il de guerre? C'est une musique quand il vous décrit la plus épouvantable bataille. Mettez la conversation sur n'importe quel sujet politique, il dénouera le nœud gordien comme il dénouerait sa jarretière. Quand il s'exprime, l'air, ce libertin privilégié, cesse de souffler, et la muette surprise se glisse dans les oreilles des hommes pour y butiner ses sentences de miel. On dirait que ses théories lui ont été soufflées par l'art, la pratique de la vie, et Ton se demande avec étonnement comment a pu les retenir un homme qui s'occupait de choses futiles, s'entourait de compagnons ignorants, mal élevés, superficiels, passait ses heures dans les orgies, les banquets, les plaisirs, qui n'étudiait jamais, ne se recueillait jamais, tout entier qu'il était aux lieux publics et à la populace. Ely.

La fraise croît sous l'ortie ; les meilleures baîes mûrissent dans le voisinage des fruits les plus communs. Le prince a dissimulé ses méditations sous le voile de l'intempérance; elles ont poussé comme l'herbe d'été, qui, dans la fraîcheur de la nuit, se développe invisiblement et d'elle-même. Canterbury.

C'est la seule explication. Les miracles ont cessé et ils faut bien s'expliquer comment s'accomplissent les choses 2.

1. Allusion à la façon qu'employa Hercule pour nettoyer les écuries d'Augias.

2. 11 faut voir dans l'aveu de l'archevêque de Canterbury, l'état d'esprit qu'avait, à l'époque de Shakespeare, amené le libre examen

Ely.

Maintenant, mon bon seigneur, comment améliorer ce bill réclamé par les communes? Sa Majesté tient-elle pourlui ou non ?

Canterbury.

Il semble demeurer indifférent, mais inclinerait de notre côté plutôt que du côté de nos adversaires. J'ai fait une offre à Sa Majesté, lors de notre convocation spirituelle, à propos des affaires en litige sur lesquelles je me suis longuement expliqué avec Sa Grâce. Je lui ai offert une somme plus considérable que celles jusqu'ici versées par le clergé à ses prédécesseurs.

Ely.

Et comment l'offre a-t-elle été accueillie, milord ?

Canterbury.

Bien. Mais Sa Majesté n'a pas eu le temps d'entendre, comme elle l'aurait certainement désiré, l'exposé clair et détaillé de ses droits légitimes sur certains duchés et principalement sur la couronne et le trône de France, droits qu'il tient d'Edouard, son illustre grand-père.

Ely.

Quel empêchement a surgi ?

Canterbury.

J'allais m'expliquer sur ce point quand l'ambassadeur de France a demandé audience. L'heure est venue, je crois, où il doit être reçu. Il est quatre heures ?

Elt.

Quatre heures.

Canterbury.

Entrons alors pour apprendre l'objet de son ambassade, que je devine d'ailleurs avant que le Français en ait dit un mot.

Ely.

Je vous attendrai. Il me tarde de le connaître.

{Ils sortent).

recommandé par Hooker et surtout Bacon. Jadis la transformation de Henry V eut été attribuée à des conjonctions d'astres; anjourd'iiui les miracles ont cessé et il faut se donner la peine de s'expliquer comment s'accomplissent les choses. Chacun a le droit de faire usage de son jugement: on en appelle de l'église à l'individu ; on donne une impulsion plus grande a l'intelligence de tous et l'on contrôle les opinions du prêtre par les opinions du laïque.

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