SCENE III
Le Glostershire. — Le jardin de Cerveauvide
Arrivent FALSTAFF, CERVEAUVIDE, SILENCE, BARDOLPHE, LE PAGE et DAVID.
Je veux que vous voyiez mon jardin ; là, sous un berceau, nous mangerons une reinette de l'année dernière que j'ai greffée moi-même; nous y joiodrons un plat de framboises et autres babioles , — venez, cousin Silence;— après quoi nous irons nous coucher.
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FiLSTAFF.
Par ma foi, vous avez là une maison confortable et riche.
CEBVEAOVIDE.
Pauvre, pauvre, pauvre I ici nous sommes tous pauvres, tous pauvres, sir John, — mais l'air est bon. — Sers, David; sers, David: c'est bien, David.'
FALSTAFF-
Ce David vous sert à bien des choses ; il est tout à la fois voire valet et votre fermier.
CEIITEÀUVIDB.
C'est un bon garçon, un bon garçon, un trèshon garçon. Pardiiu I j'ai bu trop de vin .i souper;— un bon garçon. Maintenant asseyez-vous, asseyez-vous; — approchez, cousin.
SILENCE chante»
Mangeons et buvons à pleins verres ; Le ciel nous àunne d'beureux jours, viande est à bon compte, et les femme* sont rhè ivent la table et les amours !
FALSTAFF
Voilà un joyeux compère I Mon cher monsieur Silence, je boirai loul-i-rheure à votre santé pour cela.
CERVE&OVIDE.
David, donne du vin à maîl tf Bardolpbe.
DAVID
Mon cher monsieur, asseyez-vous; {il l'ail asseoir Bardolphe et le Page à une table a part.) Je suis i vous à l'instant — Asseyez-vous donc, mon cher monsieur. Monsieur le page, mon cher monsieur le page, asseyez-vous; grand bien vousfassel Ce qui manque en bonne cbère, vous l'aurez en boisson. U faut nous excuser, l'inteniion fait tout.
:i ,v.i„ig,„..
CEBVEADVIDE.
Allons, égayez-vous, maître Bardolphe ; — {au Page ) et vous aussi , mon petit soldat , égayezvous 1
SILENCE rfmnle.
Vive la joie! égajon Ma femme ressemble u bien d'auln Toutes les femmes, voyes-vous, La mienne tout comme ht autlei Font enrager leurs chefs epoiii !
Ma femme ressemble à bien d'auln Mais c'est égal; égayons-nous!
le n'aurais jamais cru monsieur Silence un Aassi bon compagnon.
SILENCE
oiiï, iiioiî c'est |hiui I:i seconde où la troisième fois ne itià vie qut; cela m'arrivc.
Revient DAVID.
DAVID, posant un plat de pommes devant Bardolphe.
Voilà un plat de reinettes grises pour vous.
CERVEAUVIDE.
David I
DAVID
MonsieurI — je suis à vous tout-à-l'heure. — . {A Bardolphe.) Une coupe de vin, n'est-ce pas, monsieur?
SILENCE chante.
Emplissez ma coupe
Tiens, je bois à toi, ma charmante'.
La gaité prolonge les jours.
FALSTAFF
Kravo, monsieur Silence.
SILENCE
Soyons gais, morbleu ! voilà le meilleur moment de la soirée.
FALSTAFF
Je bois à vous, monsieur Silence! Santé et longue viel
SILENCE chante.
Remplis, remplis toujours mon ■ Morbleu, je t.- ferai raison.
CERVEAUVIDE.
Honnête Bardolphe, tu es le bien venu : si tu as besoin de quelque chose et que tu ne le demandes pas, tant pis pour loil — (Au Page.) Tu es le bien venu aussi, mon petit fripon, et de grand cœur encore. Je porte la santé de maître Bardolphe et de tous les cavaliers * de Londres.
DAVID
J'espère bien voir Londres avant de mourir.
BARDOLPHE.
Si j'ai occasion de vous y voir, David, —
CERVEAOVIDS.
Vous boirez ensemble chopine.
BARDOLPBE.
Oui, dans un broc de douze pintes.
CERVEADTIDE.
Je te remercie. Le drdlete tiendra tète, jepuii te l'assurer; il ne reculera pas ; il est de bonne race.
* Ou donnait le nom de cavaliers aux rouA de U bonne compagnie. Plus tard, sous Charles I*', les soldats royalistes étaient appelés cavaliers, par opposition avec leurs moroses et rigides adversaires , les tjtes roodsi, (Note dit traducteur.)
HENRI IV
Et je lui liendrai léte aussi, monsieur.
CERVEAUVIDE
Voilà qui s'appelle parler comme un roi. Ne le laisse manquer de rien; pRaie-toi. ( On frappe à la porte.) Va voir qui vient. Holà! qui est-ce qui frappe ?
Datib s'tloigne.
FALSTAFF, à Silencc, qui bail une rasade. Vous m'avez fait raison, c'est bien.
SILENCE chante.
Fais-moi raison, et fais-moi chevalier*.
Santo Dorràngo .' n'est-ce pas cela ?
FALSTAFF
C'est cela.
SILEMCE.
VraimentT vous voyez donc qu'un vieillard est encore bon à quelque chose.
Revient DAVID.
Monsieur, c'est un nommé Pistolet qui vient de la cour et qui apporte des nouvelles.
De la cour T qu'il vienne t
Arrive FISTOLET,
FALSTAFF , Continuant.
Eh bien, Pistolet?
PISTOLET
Dieu TOUS garde, sir John.
FALSTAFF
Quel vent t'a soufflé ici, Pistolet?
PISTOLET
C'est un bon vent, dans tous les cas. Cher chevalier, te voilà maintenant devenu l'un des plus importans personnages du royaume.
SILENCE
Par Notre-Dame, je le crois; après le chevalier Pouf" cepeodaDt.
PISTOLET
Puuf? pouf toi-méme, lâche mécréant! Sir John, je suis ton Pisiolet et ton ami; je suis venu ici à
' C'était parmi les jcune« gcDSune coutume àc h ire, à genoux, une rasade 'a ta saote de sa maîtresse ; celui qui faiaait cet exploit était cttevaliei' pour tout le reste de la •oirée. {JSote du traducteur. )
" De l'anglais pu^f^ qui signifie mensonge, charlatankint. {Note du traducteur.)
franc étriir, et |i' t'npiortp de bonnes nouvelles, d'inestimables nouvi-lle;., des nouvelles d'or.
FALSTAFF
Je t'en prie, fais-nous-eu pail comme le ferait un vulgaire habitant de ce bas monde.
PISTOLET
Au diable ce bas monde et tous ses lâclies habitans! Je parle de l'Afrique et de félicités di;<ne9 de l'âge d'or.
FALST VFF.
Vil chevalier d'Assyrie, quelles sont tes nouvelles? Instruis-en le roi Cophétua.
SILENCE chante.
Instruil-en le roi Cophétua, Paul, Jean, GuUlaume, et caeter..
PISTOLET
Eh quoi ! de misérables manans braveront en face les fils de l'Hélicon ? Est-ce ainsi qu'on doit accueillir les bonnes nouvelles? Allons, Pistolet, allons, cache ta tête dans le giron des Furies.
SILENCE
Mon galant homme, j'ignore qui vous êtes.
PISTOLET
Tu n'en es que plus à plaindre.
CERVEAUVIDE.
Pardon , monsieur : si vous apportez des nouvelles de la cour , il me semble que vous n'avez que deux partis à prendre, les communiquer ou les taire. Vous saurez, monsieur, que j'exerce, au nom du roi, une certaine portion d'autorité.
Au nom de quel roi? parle, ou meurs.
CERVEADVIDE.
Au nom du roi Henri.
PISTOLET
Henri IV ou Henri V J
CERVEAUVIDE.
Henri IV
PISTOLET
Au diable .on autorité ! Sir John, ton petit agneau est maintenant roi ; c'est Henri V qui commande. Je dis la vérité. Quand Pisiolet mentira, fais-lui la figue comme à un hâbleur espagnol.
FALSTAFF
Quoi donc? le vieux roi est-il mort?
PISTOLET
Mort et bien mort. Les choses sont telles que je les dis.
FALSTAFF
Partons, Bardolphe; selle mon cheval. Maître Robert Cerveauvide, choisis la place que tu vaudras dans le pays; elle est à toi. Pistolet, je le ferai ployer sous le poids des dignités.
BARDOLPHE.
0 jour heureux ! je ne donnerais pa> ma fortune pour une barunie.
Fil hi.n , n'ai-je pas apporté de bonnes nouvelles ?
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
FALSTAFF
Qu'on porte maître Silence à son lit. Maître Cerveauvide , mylord Cerveauvide, soisce qu'il te plaira d'être ; je suis le distributeur de la fortune. Mets tes bottes; nous voyagerons toute la nuit. 0 mon cher Pistolet! Dépéche-toi, Bardolphe.
Baudolphe s'aloigne.
FAtSTAFF, continuant.
Viens, Pistolet; donne-moi des détails; et en attendant, cherche dans ta tête ce qui pourrait être à ta convenance. Bottez-vous, monsieur Cerveauvide; bottez-vous. Je sais que le jeune roi soupire après ma présence. Prenons les premiers chevaux venus. Les lois de l'Angleterre sont à ma discrétion. Heureux ceux qui ont été mes amis ; et malheur au lord grand juge!
PISTOLET
Que les vautours lui dévorent le foie I
// chante :
Il Où donc est la vie
« Qu'autrefois je menais, »
disent-ils. Eh bien, la voilai Le bon temps est
venu; vivela joiel
Ils s'éloignent.