SCENE III
La maison du M"" Vahoolraiu, a.ins liiSl-Cli.jp.
EiiUe'U PISTOLET, M">e VACO.NTfiAIN, NYll BARDOLI'HE el LE PAGE.
«■"« VABOSTKAi», a Pistolet.
Je l'en prie, mon ami, permets que je t'accompagne jusqu'à Staines.
PISTOLET
Non; car j'ai le cœur navré. — Bardolphe, appelle la gaité i ton aide. Nym, réveille ta verve fanfaronne. Page, ranime ton courage; car FalslafT est mort, et c'est pour nous un grand sujet d'affliction.
BARBOIPHE.
Je voudrais être avec lui, en quelque lieu qu'il soit, au ciel ou en enfer.
H"" VABOSTRAIN.
Il n'est pas en enfer, cela est sûr ; il est dans le sein d'Arthur, si jamais homme y est allé. Il a fait une belle fin, et il a passé comme un enfant qui son d'être baptisé : il s'est éteint entre midi et une heure, précisément à la descente de la marée ' ; car, lorsque je l'ai vu froisser ses draps, jouer avec des (leurs et rire en regardanlle bout de ses doigts, j'ai vu que tout était fini pour lui ; il avait le nez aussi pointu que le bec d'une plume, et il battait la campagne. « Eh bien, sir John, lui ai-jedit, comment vous trouvez-vous? ayez bon courage! » Alors il s'est écrié: o Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu ! » trois ou quatre fois ; moi, pour le réconforter, je lui aidilqu'il ne devait pas penser au bon Dieu. J'espérais qu'il n'y avait pas encore nécessité qu'il se troublât la cervelle de ces pensées-là; pour toute réponse, il me dit de lui couvrir davantage les pieds; je mis ma main dans le lit pour lui tâter les pieds, ils étaient froids comme marbre. Je lui làlai les genoux, et puis un peu plus haut, et un peu plus haut encore, et tout était déjà froid comme marbre.
NVU.
On dit qu'il a parlé de vinî
«""^ v^BOl^TRAI^.
C'est vrai.
BARDOLPBE.
Et des femmes.
M""» VABOHTRAIN.
Par exemple! cela n'est pas.
LE PAGE
Si fait; il a même dit que c'étaieui des diables couleur de rose.
„me VABOSTRAIN.
Il n'a jamais aimé le rose; c'est une couleur qu'il ne pouvait souffrir.
• C'clail 1
forlcmcDl enracinée parmi I ce Icmps-lâ, (|ue persuone i {Suce du liaJiuleiit.)
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
LE PAGE
Une fois, il a dit que le diable remporterait à cause des femmes.
urne VABOMTBAIN .
Il est vrai qu'il lui est arrivé parfois, dans les discours, de maltraiter les femmes ; mais alors il n'était pas dans son bon sens, et puis c'était de la prostituée de Babylone qu'il parlait alors.
LE PAGE
Ne vous rappelez-vous pas qu'ayant vu une mouche posée sur le nez de Bardolphe, il dit que c'était une ame pécheresse qui brûlait dans le feu de l'enfer ?
BARDOLPHE.
Hélas 1 le combustible qui alimentait ce feu est parti ; c'est toute la fortune que j'ai amassée à son service.
nïU.
DécaipSons-Dousî si nous tardons davantage, le roi sera parti de Southampton.
PISTOLET
Allons, partons. — [A sa femme.) Mou amour, embrasse-moi. Aie l'œil sur mes biens, meubles et immeubles; conduis-toi selon les règles de la raison; que ta devise soit: Pas d'argent, pointde suisse. Ne fais crédit à personne, car les sermens ne sont qu'une paille légère ; la foi des hommes est chose aussi fragile qu'un pain à cacheter ; il n'est rien tel que de tenir, ma poule ; que la prudence soit donc ton guide ; va, essuie teslarmes. — Mes frères d'armes, partons pour la France, et comme des sangsues, mes enfans, suçons, suçons, suçons jusqu'au sang t
LE PAGE
On dit que c'est une nourriture malsaine.
PISTOLET
Embrassez-la, et marchons.
BARItOLPHE.
Adieu, notie hAtesse.
Il reml.rasse.
NYU.
Je ne saurais l'embrasser, moi; et voilà; mais, adieu.
PISTOLET, à sa femme.
Montre-tui bonne ménagère; sois sédentaire, je te l'ordonne.
M"' VABOMTBAIN.
Bon voyage; adieu.
Ils sorlent.